‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 14 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

voyageur : c'est de là que l'on se rend au monument de Wolfe, simple obélisque qui marque le point exact où il tomba prématurément. Il n'y a sans doute pas d'autre champ de bataille au monde, excepté Waterloo, qui soit ainsi desservi par une station de voitures. Nous avons été à Waterloo en été et en hiver et nous croyons qu'il y a encore plus de visiteurs sur les plaines d'Abraham que sur le champ de bataille, pourtant plus accessible et surtout plus fameux, qui avoisinc Bruxelles. Ce n'est pas, en effet, un paradoxe de dire que la victoire anglaise devant Québec était plus grosse de conséquences. Si Napoléon avait réussi à battre les Alliés en 181 5, cinq cent mille Russes et Autrichiens arrivaient à leur secours; au contraire, si Wolfe avait échoué, le Canada serait certainement resté français, les colonies américaines n'auraient jamais songé à leur indépendance, et toute l'histoire de l'Amérique du Nord eût été changée : il est impossible de prévoir ce qu'elle aurait été.

C'est pourtant le côté dramatique de cette lutte qui attire de plus en plus de milliers de visiteurs chaque été sur les plaines d'Abraham. Ce n'est pas qu'on y rencontre des excursions organisées de touristes et d'écoliers. Ceux qui y viennent en pèlerinage sont plutôt des voyageurs isolés, et surtout des Américains, pour cette bonne raison qu'il y a beaucoup plus d'Américains voyageant en été au Canada que de Canadiens. Nous en avons vu souvent sur le champ de bataille ou aux alentours, les uns à pied le guide à la main, comme des gens raisonnables, les autres en groupes, conduits par des Canadiens français ou des Irlandais qui font de cette lutte mémorable un récit plus ou moins fantaisiste. Le chiffre des voyageurs américains au Canada pendant leà vacances augmente chaque année d'une

façon extraordinaire : ils s'intéressent de plus en plus aux incidents et aux scènes de leur histoire et aucun endroit ne les attire autant que celui-ci, bien qu'il se trouve sur le sol anglais.

Cette attraction est assurément prodigieuse, pour le plus grand bien de Québec, qui en retire naturellement de gros avantages matériels. La route Saint-Louis traverse le champ de bataille dans toute sa longueur : tout le terrain situé entre elle et l'abîme du Saint- Laurent a été donné par le gouvernement fédéral à la ville de Québec et l'on ne peut y toucher. Sur la droite de la route qui passe perpendiculairement à peu près au milieu des positions des deux armées, on a élevé plusieurs bâtiments ; un très grand couvent occupe le centre probable de la bataille. L'obélisque très simple, portant l'inscription « Ici mourut Wolfe victorieux », se dresse à peu près à moitié chemin entre la route et les falaises du Saint-Laurent et à environ i 200 mètres des ouvrages extérieurs de la citadelle qui, du temps des Français, s'avançaient plus loin qu'aujourd'hui.

Nous ne nous proposons pas de relater tout au long le siège dramatique et la prise de la ville. Pourtant, il serait impardonnable de ne pas consacrer à l'histoire de Québec la place qui lui revient dans une étude d'ensemble de la Confédération canadienne. Du reste, c'est surtout au point de vue de ses souvenirs que le voyageur s'intéresse au Bas-Canada; c'est dans un esprit et dans un but différents que l'on se tourne vers l'Ontario et le Nord-Ouest.

Après la prise de Louisbourg en 1758, qui avait été le premier succès notable des Anglais au bout de trois années de guerre, Pitt chargea le jeune général Wolfe, qui s'y était particulièrement distingué, d'une expédition plus importante sur Québec. C'est à la fi.n de

Les chutes de Montmorency,

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