CHAPITRE II
juin 1759, accompagné de l'amiral Saunders et de la flotte anglaise, qu'il arriva devant la ville. Il amenait huit à neuf mille hommes, qui étaient pour la plupart (les vétérans des campagnes de l'Amérique du Nord, La tâche difficile de faire remonter le Saint-Laurent à une grande flotte avait été habilement exécutée, bien qu'on l'eût regardée jusqu'alors comme presque irréalisable. Le jour de l'arrivée, survint une violente tempête d'été; la nuit suivante, les Français lancèrent sur l'ennemi une flottille de brûlots dont le courage et l'énergie des matelots anglais vinrent à bout.
Montcalm retrancha son armée sur ce que l'on appelle les lignes de Beauport, occupant les dix kilomètres de rivage sinueux qui s'étendent de l'embouchure du Saint-Charles, au pied de Québec, jusqu'aux chutes de Montmorency dont l'abîme protégeait suffisamment son flanc gauche. De Beauport au Saint- Charles, des terrains marécageux et des bas-fonds noyés d'eau, couverts par des batteries fixes et flottantes, formaient une défense efficace. Derrière ces retranchements étaient massées les troupes françaises, soit environ seize mille hommes, parmi lesquels trois mille réguliers vétérans et le reste, des miliciens ayant déjà combattu. Lévis n'étant pas sérieusement occupé, Wolfe y installa sans grande résistance ses principales batteries qui, pendant tout le siège, criblèrent de mitraille et de boulets la ville basse et une partie de la ville haute. Le gros du camp anglais fut établi de l'autre côté du ravin de la Montmorency, à portée de mousquet de l'extrême-gauche française.
Rarement avait été confiée à un général une tâche aussi difficile que celle qui incombait à Wolfe. La position de Montcalm, tant qu'il la conserverait, paraissait imprenable, et ce soldat, froid et habile,
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n'avait nullement l'intention de la compromettre. Un mois passa en reconnaissances et en opérations secondaires; il fallait pourtant faire un mouvement, et le 31 juillet eut lieu la fameuse attaque des lignes de Beauport. Elle fut désastreuse. Plusieurs semaines s'écoulèrent encore. Wolfe, gravement malade, était couché dans une ferme voisine de Montmorency, dévoré d'impatience et désespéré de ne pouvoir rien faire avec de si belles troupes contre des défenses qui ne présentaient aucun point vulnérable. Québec tombait lentement en ruine sous le feu des batteries de Lévis, mais sans que cela avançât ses affaires. Montcalm ne bougeait pas. Ainsi que ses officiers, il était plein de confiance, et l'hiver approchait.
iin septembre se tint le fameux conseil de guerre, auprès du lit de Wolfe, où l'on décida de transporter en amont quatre mille hommes par terre et par eau, mouvement si habilement combiné que Montcalm ne devina pas leur nombre ni leur intention. L'anse du Foulon, entre la ville et le Cap Rouge, fut choisie pour y faire une attaque désespérée, et dans la nuit les troupes y abordèrent, escaladant la falaise et bousculant le poste qui y était établi. Elles se mirent en marche à l'aube vers les plaines d'Abraham et tombèrent sur l'armée française. Environ trois mille cinq cents Français, réguliers et milices, et quinze cents tireurs des bois et Indiens, qui étaient postés sur les flancs, vinrent à la rencontre des Anglais ; à 50 mètres, ils reçurent une terrible décharge qui ébranla tellement leurs colonnes que les Anglais eurent le temps de recharger et de s'élancer à la baïonnette après une seconde décharge. Wolfe, déjà frappé au poignet, reçut encore deux blessures; la dernière, aux poumons, le jeta par terre, malgré ses efforts pour se relever.