CHAPITRE III
écossais a oblitéré ce sens primitif de l'harmonie qui est si répandu chez le paysan de l'Europe continentale. Insouciant de la critique, le Franco-Canadien continue à bâtir des maisons d'un étage avec de longs toits recourbés dépassant largement les murs et formant souvent l'abri d'une large véranda. Il raffole aussi des lucarnes et de tous ces détails de construction pittoresques, mais coûteux, honnis du colon anglo-saxon qui sait que la maison rectiligne à deux étages, avec une porte au milieu et le moins de toit possible, est le seul modèle qu'un homme pratique et sensé puisse approuver : le fermier d'origine anglaise pousse même l'amour de la laideur jusqu'à laisser sa vilaine bâtisse supporter les intempéries sans peinture ni blanc de chaux, ce qui va justement à l'encontre de son esprit d'économie. Dans certains districts primitifs de l'Ontario oriental, on voit des régions entières couvertes d'affreuses baraques à côté desquelles les cabanes moins prétentieuses en troncs d'arbres paraissent presque jolies. YJ" habitant franco-canadien est peut-être ignorant et réfractaire au progrès, mais il a du moins meilleur goût. A la ville, au village et à la campagne, il n'épargne pas les couleurs et, généralement, l'effet produit est charmant.
Un des détails les plus suggestifs de Québec est le Chien d'Or, représenté sur la façade d'une maison de Mountain street, au centre de la ville haute, mordant un os, avec la devise :
Je suis un chien qui ronge l'os :
En le rongeant je prends mon repos.
Un temps viendra qui n'est pas venu Que je mordrai qui m'aura mordu.
On raconte que cet emblème fut placé d'abord au-
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dessus de sa porte par un riche négociant du nom de Philibert, à l'intention de l'intendant Bigot et de sa bande. L'os représentait naturellement la situation du Canada à cette époque et le chien figurait Bigot et ses rapaces associés. Bigot se vengea en faisant assassiner Philibert.
Nous n'avons pas encore parlé des allées ombreuses et des verts gazons des Jardins du Gouverneur, promenade publique qui domine la terrasse Dufferin et où s'élève le monument qui unit si éloquemment les mémoires glorieuses de W'olfe et de Montcalm; ni de r Hôtel-Dieu, cet énorme bâtiment fondé en 1654 par la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, mais construit à plusieurs époques, moitié couvent, moitié hôpital, où des religieuses soignent chaque année des milliers de malades; nous devons mentionner aussi l'Hôpital général, au nom plus prosaïque, mais qui est pourtant une antique et importante fondation, élevée sur le terrain où les Récollets reçurent les missionnaires jésuites en 1625. Situé au delà de la ville basse, près du Saint-Charles, il joua un grand rôle lors du siège de la ville, recevant les malades et les blessés des deux armées qui y étaient soignés avec un égal dévouement.
Québec est bien desservi par les chemins de fer. Sur la rive septentrionale se trouve le terminus du Pacifique Canadien (C. P. R.) qui arrive à Montréal ; puis la ligne du lac Saint-Jean qui s'en va vers le nord-est dans le cœur de la province; un petit chemin de fer suit le fleuve jusqu'à Montmorency et Saint-Anne, pèlerinage fameux. Sur la rive méridionale, le Grand Tronc rivalise avec le Pacifique Canadien, mais sa route est plus sinueuse : il se termine à Lévis d'où part VI nier colonial vers le Nouveau-Brunswick et la Nou-