‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 21 sur 135 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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des fermiers de l'Université Laval à qui elle appartient ainsi que toute la rive jusqu'à l'île d'Orléans : ces gens passent pour être encore plus en retard que le reste de leurs compatriotes. A la baie Saint-Paul, la muraille s'entr'ouvre et laisse apercevoir une ville importante et des plateaux couverts de fermes, s'étendant au loin vers les montagnes bleuâtres. Encore 40 kilomètres et la Malbaie, comme la dénomma Champlain, la baie IMurray, comme on l'appelle aujourd'hui, s'ouvre aux regards, peuplée de villas d'été de tout genre, depuis la cabane en bois à deux pièces jusqu'au château imposant du riche Américain. Au milieu, là où la rivière Murray, claire et rapide, se précipite dans des bas-fonds, se trouve le village ; derrière, dans la campagne, des fermes parsèment les collines; au loin, se déroulent les chaînes des Laurentides, merveilleux pays que traverse un lacis d'étangs remplis de truites, de rivières et de forêts sauvages où l'on rencontre en grand nombre l'ours et le caribou. Mais ce qui est plus intéressant encore que le poisson ou le gibier à Murray Bay, c'est qu'on y trouve, par un piquant contraste, V habitant franco-canadien encore très fruste à côté de l'Anglo-Canadien et de l'Américain qui représentent l'extrême opposé.

J\lurray Bay n'est pas une station balnéaire à proprement parler, car l'eau y est trop froide. On y jouit, l'été, d'un climat frais et vivifiant sous un ciel parfois couvert. On y voit surtout des Canadiens et des Américain aisés qui viennent y prendre de l'exercice et se refaire après les grandes chaleurs de Toronto et d-; New-York. Toutes ces stations des bords du Saint Laurent étaient autrefois fréquentées exclusivement par des Canadiens de bon ton, mais sans prétention, qui voulaient seulement se dérober quelque temps aux cor-

vées et à l'étiquette mondaines, se reposer des fatigues de la ville et vivre simplement. L'arrivée de l'élément américain dans ces dernières années a beaucoup modifi.é cet état de choses; étant généralement plus riche, il a imposé la mode et donné une allure plus recherchée à la vie mondaine. Le quartier de Pointe au Pic, sur le versant ouest, s'étale sur les pentes boisées qui encerclent la vallée : il est couvert de villas coquettes et variées, entourées de pelouses ombragées qui s'étendent jusqu'à la route et à ses contre-allées plantées d'arbres; plus haut, se trouvent les propriétés plus importantes des gens qui viennent passer là régulièrement leurs vacances, et ce sont principalement des Américains. La plupart de ces villas sont en bois et construites avec cet heureux mélange d'élégance et de simplicité qui distingue les créations d'architectes américains : de profondes vérandas en sont le caractère le plus apparent. Les revêtements en bois du puys qui couvrent les murs et les plafonds rappellent à l'intérieur de ces charmantes résidences d'été l'atmosphère environnante. Le terrain légèrement en pente se prête aux plantations d'arbres et au jardinage; des balcons, on découvre une jolie vue sur la baie, les promontoires qui l'encadrent, les collines et les villages éloignés de l'autre rive, et le fleuve où passent les paquebots en route pour Liverpool ou Québec.

La vie mondaine est naturellement très active, comme partout où il y a une colonie estivale permanente ; deux grands hôtels offrent leurs agréments à la clientèle exotique qui vient y chercher des distractions et la santé. Les manies et les modes américaines régnent tellement dans ces stations du Bas-Canada que nous ne pourrions nous y arrêter sans nous écarter de notre sujet. Les Canadiens, tout en déplorant que la simpli-

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