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CHAPITRE IV

Une population attachée à son sol. — L'émigration franco-canadienne. — La pèche au saumon et à la truite. — Les pulperies. — Les ouvriers des chantiers. — Les Cantons de l'Est. — De Québec à Montréal. — Trois Rivières.

Les propriétaires actuels de ce qui reste des anciennes seigneuries, qui leur appartiennent par héritage ou vente, possèdent souvent encore les terres non défrichées et forestières de ces domaines. Des amateurs de chasse, locataires des forêts de l'Etat, viennent souvent aussi leur louer les parties éloignées de ces propriétés. L'Eglise, de son côté, possède environ un tiers des terres les plus accessibles de la province, estimation approximative qui donnera au lecteur une idée de sa richesse; pourtant, lorsque l'on se propose d'édifier une nouvelle église, c'est toujours au paysan que l'on demande la plus grande partie des fonds. Un référendum a lieu dans la paroisse ou le canton et, si la majorité est favorable, les autres doivent obéir sans se plaindre et payer. Ces subventions, quoique équitablement réparties, sont forcément assez lourdes : le seul moyen de les éviter est de se faire protestant, expédient auquel, nous sommes heureux de le reconnaître, l'habitant a rarement recours. Toutefois, il y a quelques

années le fait se produisit d'une façon très en vue un seigneur avait voté avec la minorité dans un cas semblable; mais comme, circonstance devenue très rare maintenant, il possédait presque tout le pays que l'église projetée devait desservir, c'est à lui qu'incombait la charge de verser presque tout l'argent. Si jamais il y eut une excuse à une défection, c'était bien dans cette circonstance. En tout cas, le seigneur se ût protestant et laissa en plan le clergé du pays n'ayant pour fiche de consolation que le souvenir de l'éphémère majorité.

Il y a un nombre considérable de catholiques irlandais dans la province : nous avons déjà décrit leur attitude envers les Français dans le précédent chapitre. Ils ne se mêlent guère à eux et ils ont généralement leurs propres prêtres sous un évêque français.

Un des traits caractéristiques de la vie franco-canadienne que nous n'avons pas encore mentionné est l'émigration continue de l'excédent de la population vers les manufactures de la Nouvel le- Angleterre; la fécondité des familles est, en effet, proverbiale. Etre père de vingt-deux enfants n'est pas considéré comme ime chose extraordinaire. La recommandation faite par Louis XIV aux colons de croître et de se multiplier s'est transmise de générations en générations, et il y a quelques années une loi a été votée, renouvelée d'une autre très ancienne, qui concède quarante hectares de terre à tout citoyen père de douze enfants. Comme la race est très sociable, les Canadiens français n'ont jamais beaucoup aimé à déserter les champs de leurs ancêtres et à s'enfoncer pour toujours dans les bois, loin de leurs amis et de leurs prêtres, comme les Anglais. Aussi la propriété est-elle très divisée. Toutefois, le morcellement des terres est beaucoup moins prononcé

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