CHAPITRE IV
On peut diviser en gros la province en trois régions : l'une au nord du fleuve en aval de Québec, l'autre en face, le long de la frontière américaine, la troisième à l'est de Québec, de chaque côté du Saint-Laurent. La première zone se perd au nord et à l'est dans un désert immense, couvert de montagnes et de lacs ; la deuxième forme une bande assez étroite, souvent coupée et accidentée, mais relativement assez peuplée; la troisième, entre Québec et Alontréal, comprend du côté du Nord une région sauvage et peu connue, mais elle contient les plus belles terres de fermages, mises en valeur par les fermiers franco-canadiens les plus au courant.
En visitant la vallée inférieure du Saint-Laurent, on ne doit pas négliger l'excursion du Saguenay que l'on remonte avec les vapeurs de la Compagnie Richelieu. Il y a environ 150 kilomètres de l'embouchure du Saguenay au lac Saint- Jean d'où il sort. Cette rivière fougueuse, qui a environ i 600 mètres de large et dont la profondeur est presque inconnue, coule entre de sombres précipices qui atteignent 500 mètres de haut et qui sont trop sauvages pour porter la moindre végétation. Aucun être humain, au pied de ces murailles, ne vient rompre la solitude qui plane sur leurs flancs désolés. Aucun poisson, sauf parfois un marsouin, ne se montre à la surface de ces eaux glacées ; même les oiseaux de mer et le gibier d'eau semblent fuir l'atmosphère lugubre de la rivière. On n'y voit guère de bateaux. L'impression de grandeur atteint son plus haut point devant les deux caps Eternité et Trinité qui se dressent dénudés hors de l'eau à une hauteur de 600 mètres.
Le paysage s'adoucit aux approches de Chicoutimi où l'on prend le chemin de fer pour se rendre au lac. Celui-ci a une trentaine de kilomètres dans les deux
sens; autour de ses bords habile une population de quatre mille habitants, surtout des Français parmi les- (jucls beaucoup de riches fermiers. Une colonie de Finlandais s'y est aussi établie et il y a dans le voisinage une réserve d'Indiens Montaignais. La pêche y est abondante, les hôtels sont excellents et l'on y trouve des canots équipés et des guides, si l'on veut se risquer dans le labyrinthe des cours d'eau environnants. Un chemin de fer reliant le lac à la baie d'Hudson est à l'étude.
Chicoutimi est la seule ville dans cette immense région; c'est une active petite localité de six mille âmes qui se livre à l'industrie du bois; c'est également un centre ecclésiastique. Au-dessus des scieries et des chantiers, on voit s'élever, par un contraste bizarre, une cathédrale, un palais épiscopal, un grand couvent, un séminaire et un hôpital maritime. C'est un lieu de retraite et d'étude très fréquenté par le clergé canadien.
A Chicoutimi se trouve l'une des grandes usines de pulpe de bois qui, dans ces dernières années, ont tant contribué à accroître la richesse du Canada et surtout celle du Bas-Canada, moins favorisé de la nature que l'Ontario. Il y a peu d'années encore, on considérait comme sans valeur la masse énorme d'épinettes qui couvre les régions moins fertiles du pays. Pour l'industrie du bois, les communications par eau sont indispensables, pour pouvoir faire sortir les poutres des forêts par flottage, et cette industrie a toujours été l'un des gros commerces canadiens. Avant le moment oui il commença à y avoir dans les prairies de l'Ouest quelques grands éleveurs et de grands agriculteurs, il n'y avait pas de rois du bétail ou du blé au Canada, mais il a eu de tout temps ses rois du bois. A l'époque