‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 33 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

diens. Les gens du peuple y ressemblent davantage, même maintenant, à des Américains de l'Est que ceux de l'Ontario. Le pays avait et a toujours de grands charmes; le contour du paysage est très joli : les collines sont souvent élevées et couvertes de bois de frênes, de chênes, d'érables ou d'épinettes qui font valoir les verts pâturages qui s'étalent à leurs pieds et les fermes agréables qui les parsèment. De longues rangées de saules géants et d'ormes ombragent les routes; en passant sur les crêtes, on aperçoit, dans différentes directions, des montagnes qui s'estompent au loin et vers le sud, à tme grande distance, le fameux lac de Memphramagog, à l'ombre des pics les plus élevés du Bas-Canada. C'était, au milieu du siècle dernier, une région favorite, non seulement du fermier propriétaire de terres d'importance moyenne, mais aussi du gentleman farmer qui possède plus de terrain et une agréable maison de campagne, car le blé se vendait bien et la main-d'œuvre était abondante et assez bon marché. C'était un pays commode et plaisant pour passer sa vie au grand air, à proximité de montagnes, de forêts, de lacs et de rivières propices à la chasse et à la pêche. Alais les temps ont beaucoup changé, et les Cantons de l'Est ne sont plus aussi anglais qu'ils l'étaient il y a cinquante ans. Les jeunes gens sont partis à l'ouest vers des terres plus riches et des Français sont venus occuper toutes les fermes ainsi abandonnées. Ce n'est un secret pour personne que l'Eglise canadienne a l'ambition de recouvrer ainsi cette partie de la province au profit de la race et de la religion, pour la rendre complètement homogène.

Cette tentative semble devoir réussir en ce qui concerne la culture et les fermes ; mais Sherbrooke est tout entier adonné à la fabrication des lainages et des

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toiles, et, dans ce genre d'industrie, le Franco-Canadien a moins de succès. Toutefois, une des expositions agricoles les plus fréquentées du Canada entretient toujours à Sherbrooke la vieille réputation de la culture locale. Tout près se trouve LennoxviUe, joli village ombragé dans la même vallée du Saint-François, siège du collège Bishop et d'une école moderne qui a à peu près au Canada la même réputation que les écoles publiques d'Angleterre.

Les fermes sont divisées comme dans l'Ontario et non d'après le vieux système français. Les fermiers anglais n'ont plus grand profit à s'y établir, car ils réussiraient aussi bien dans l'Ontario qui a l'avantage de subir des hivers moins rigoureux que ceux de la province de Québec. Quant au gentleman émigrant qui vise surtout à vivre à la campagne sur un petit revenu, les Cantons lui offrent encore des attractions au point de vue mondain autour de Sherbrooke et de LennoxviUe, au point de vue du paysage partout, au point de vue sportif également, car la chasse et la pêche y sont généralement agréables. On n'est qu'à trois ou quatre heures de Montréal par chemin de fer, à cinq heures de Québec.

Le touriste, qui connaît déjà le trajet en remontant le fleuve de Québec à Montréal, peut faire un détour intéressant, en visitant la région du lac François, puis Sherbrooke, le lac Alemphramagog avec son décor de montagnes, jusqu'à Montréal. Après Richmond, on traverse un beau pays plat, fertile et exclusivement français; on franchit la rivière Richelieu qui séparait les deux empires anglais et français et dont les rives furent si souvent le théâtre de luttes sanglantes. Ces terres riches et unies furent d'abord colonisées par le régiment de Carignan ou plutôt par

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