CHAPITRE V
tir de l'atmosphère un peu opprimante des quartiers d'affaires pour gagner les espaces libres que Montréal sait respecter. Les jardins Viger où la gare du C. P. R., grâce à la sobriété de son architecture, forme plutôt un ornement qu'une tache désagréable à l'œil ; la place d'Armes, le Champ-de-Mars et le square du Dominion sont agrémentés de pelouses, d'arbres et de fleurs. Sur ce square se trouve également, en face de la statue du grand homme d'Etat, Sir John Mac Donald, l'énorme et moderne cathédrale de Saint-Jacques dont nous avons parlé, puis le palais de l'évêque catholique, l'Hôtel Windsor et l'autre gare du C. P. R., édifices imposants aux lignes élégantes. C'est dans ce square, si vert et si ombragé en été, que l'on construit en hiver les palais de glace qui sont devenus légendaires.
A ce propos, remarquons que le climat d'hiver est à peu près le même à Montréal qu'à Québec. Les deux villes sont plus froides, à part Ottawa, naturellement, que tous les autres centres de l'Ontario. Alais c'est un froid fixe, avec une neige et une gelée continuelles. Le ciel reste pur et le soleil brille presque tout le temps. Ce n'est guère, à vrai dire, que pour les gens de la campagne qu'il fait réellement froid, mais l'habitant sachant bien chauffer sa maison ne se plaint pas de l'hiver, car les routes sont bonnes pour aller en traîneau et il peut porter ses récoltes au marché sans difficulté; du reste, deux ou trois siècles d'hivers canadiens ne semblent pas avoir affaibli la race. Pour le citadin bien chauffé, un bon froid de 25 degrés, quand le ciel est bien clair, est une occasion de réjouissances. Les gens aisés à Montréal considèrent l'hiver comme une saison de distractions non seulement à l'intérieur, mais surtout en plein air : les courses en traîneaux, en raquettes, en toboggans, le patinage, le hockey sur la
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glace et le curling sont le passe-temps quotidien des particuliers et d'innombrables clubs. Les classes ouvrières ont des maisons bien chaudes, elles travaillent dans des ateliers chauffés et ne restent guère jamais assez longtemps en plein air pour sentir le froid plus que les classes aisées. Bref, Montréal est beaucoup plus favorisé que Toronto qui a pourtant des hivers plus doux et interrompus.
En montant encore un peu, on arrive à Sherbrooke Street, rue presque entièrement bordée d'habitations particulières et décoratives. De belles maisons de pierre, précédées de pelouses bien tenues, ouvertes sur la rue ombragée d'érables à la mode canadienne, se succèdent, avec de place en place des églises ou des bâtiments de grandes compagnies. Dans ces parages, on voit aussi en hiver les plus beaux traîneaux qui existent certainement. On remarque, du reste, beaucoup de signes extérieurs de richesse à Montréal ; mais, en général, la tendance au Canada n'est pas de bâtir, à la ville ou à la campagne, des demeures proportionnées, d'après les idées européennes, à la fortune de leur propriétaire, car il ne faut jamais perdre de vue la question si difficile des domestiques à laquelle nous reviendrons.
Parmi les facteurs qui ont le plus contribué à l'accroissement considérable de la richesse à Montréal, l'un des premiers est la construction du C. P. R. qui y a son administration et dans lequel beaucoup des principaux habitants de Montréal ont placé leurs capitaux.
Les millionnaires canadiens ne se sont pas laissé dépasser par les Américains au point de vue des donations à des institutions charitables et éducatives. L'Hôpital Royal Victoria, par exemple, dont les vastes bâtiments s'élèvent entre Sherbrooke street et le Mont, a été donné par lord Mountstephen et lord Strathcona : il a coûté