‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 40 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cinq millions. A quelque distance, curieux vestige du vieux Canada et en même temps très moderne, l' Hôtel- Dieu, dont la construction est récente, rappelle l'antique fondation de Jean de Mance et de M"" de Bullion en 1644. C'est actuellement un vaste hôpital où plus de cent religieuses donnent chaque année leurs soins à des milliers de malades.

La plupart des gens très riches de Montréal sont d'origine britannique et surtout écossaise, ce qui s'accorde d'ailleurs avec toutes les statistiques économiques et ethnologiques. D'une façon générale, en effet, s'il est venu trois Anglais au Canada contre un Ecossais, on peut dire que trois Ecossais sont arrivés contre un Anglais. Aussi, par suite de la prédominance des Ecossais dans les affaires commerciales, mondaines et religieuses, la société canadienne rappelle-t-elle davantage l'Ecosse que l'Angleterre. Et ce fait est d'autant plus curieux que le type de l'Ecossais industrieux et plein d'une heureuse initiative existait à peine depuis une cinquantaine d'années lorsque l'on commença à défricher et à coloniser le Haut-Canada. Les Ecossais, qui possèdent, pour ainsi dire, maintenant le Canada et d'autres bons morceaux de l'Empire britannique, étaient encore considérés au commencement du dix-huitième siècle, à tort ou à raison, par les autres peuples comme des fainéants arriérés; on a même dit que, sur leur petite population d'un million, deux cent mille mendiaient alors de porte en porte.

Mais ce qui rend surtout Montréal intéressant au point de vue ethnographique, c'est que Français et Anglais y sont en contact permanent et par centaines de mille, les premiers étant un peu plus nombreux. Montréal n'est, en effet, qu'à une soixantaine de kilomètres de la province de Québec, et la campagne envi-

ronnante est entièrement française. Le fait curieux est qu'Anglais et Français, quoique bons amis et forcés d'être en relations constantes d'affaires, n'ont, à Montréal, pour ainsi dire, aucun rapport social; c'est un spectacle assez étrange que ce manque absolu de sympathie entre les classes prospères d'une capitale moderne et amie du progrès; toujours est-il que, dans la vie privée, les deux races restent chacune de leur côté. On pourrait croire que c'est une ancienne noblesse qui boude ses vainqueurs, mais il n'en est rien : d'ailleurs, il n'y a guère que l'argent qui compte à Montréal et c'est certainement là une des causes de la situation. Il y a aussi la question de la langue, mais tous les Français instruits parlent les deux langues, ainsi que beaucoup d'Anglais, quoique ceux-ci soient moins en avance à cet égard. La religion est également pour beaucoup dans cet état de choses; les mariages mixtes sont fortement désapprouvés par l'Eglise canadienne et peu encouragés par les autres confessions. Cela suffît à refroidir les relations mondaines entre jeunes gens, et c'est peut-être là le fond de la question. De plus, comme nous l'avons dit, les Anglais ont pris la tête des affaires et sont relativement plus riches; enfin, il faut compter avec ce préjugé que partageaient encore beaucoup d'Anglais jusqu'à ces derniers temps à l'égard du tempérament français et que les Français, il faut le dire, leur rendaient avec usure. Reste à examiner l'attitude du million et demi de Français habitant le Bas-Canada à l'égard des autres parties de l'Empire britannique et de la couronne. C'est une question très complexe qui a donné lieu à de fausses interprétations, entre autres à un optimisme exagéré de la part des voyageurs anglais de passage. Ce malentendu n'a jamais été si bien mis en lumière

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