‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 4 sur 135 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mineur, au bûcheron et au manufacturier. Terre-Neuve reste encore en dehors du Dominion et toute son histoire est distincte de celle du Canada. Ses habitants semblent éprouver une véritable répulsion à subir cette sorte d'amoindrissement qu'implique l'entrée dans la Confédération; pourtant, sa réunion au Canada semble inévitable et avant très longtemps Terre-Neuve cessera vraisemblablement d'occuper cette situation un peu anormale qui l'exclut de la constitution politique du Dominion.

Si l'on se tourne encore un moment vers la côte qui lui fait face, on aperçoit la partie orientale du Labrador qui appartient à Terre-Neuve. Chaque printemps, quatre à cinq mille personnes, hommes, femmes et enfants, venus de Terre-Neuve, abordent sur cette côte désolée pour y pêcher la morue. Ils y endurent les privations et les rigueurs les plus pénibles pendant cinq ou six mois, secourus par des missions. Les schooners qui les transportent n'ont pas assez de place pour se charger d'autre chose que des gens eux-mêmes; privés des plus élémentaires commodités de la vie, avec peu de vêtements, ils doivent supporter la saison inclémeute de ce climat septentrional, sans autre abri que de grossières baraques. Ils n'ont que quelques animaux domestiques pour leur donner de la viande ou des Icitages. Les femmes sont constamment occupées avec ks enfants à vider et à dépecer le poisson, redoutant toujours les tempêtes soudaines qui les obligen: à porter en hâte le produit de leur travail sous de; abris, sans compter l'anxiété perpétuelle où elles se trouvent au sujet de leurs maris et de leurs fils partis au large.

Au main, si le temps est beau, le soleil éclaire la côte norc, non moins désolée, d'Anticosti : c'est

presque une reproduction exacte de celle de Terre- Neuve. Il y a tout juste quelques centaines d'habitants éparpillés sur environ 500 kilomètres de côte; pourtant Anticosti a peut-être de l'avenir. M. Ménier, en achetant l'île inopinément, il y a une quinzaine d'années, jeta l'effroi parmi les patriotes canadiens : ils ne pouvaient se faire à l'idée qu'un aussi gros morceau du Canada pût appartenir à un Français, mais, bien qu'il ait fait partir un grand nombre de colons, M. Ménier ne complotait rien contre la sûreté de l'Empire britannique et ne songeait même pas à se faire de 'île un séjour d'été, car les moustiques y font rage. Anticosti pourra sans doute se développer au point de vue commercial, comme tous les pays qui contiennent du bois de bonne qualité, du poisson en abondance et, vraisemblablement, des minerais; en fait, on s'y est déjà mis au travail : il est à souhaiter qu'il soit fructueux, bien que la côte se trouve, paraît-il, presque dépourvue de ports.

Par les mauvais temps, les navires passent au sud de l'île et frôlent le pied des hautes falaises de Gaspé et du Nouveau-Brunswick. Celles-ci, sur une longue étendue, s'élèvent comme une muraille au-dessus des flots et semblent à un moment presque surplomber le bateau, tandis qu'il file rapidement et silencieusement sur l'eau sombre et profonde. C'est la plus pittoresque des deux routes, surtout à l'automne, lorsque les dîênes, les érables et les bouleaux jettent des taches d'or bruni sur les bois de pins qui s'accrochent au flanc de la muraille. De place en place, dans la trouée creisée par un cours d'eau, un petit village apparaît, rvec son église et ses maisons blanches, blotti sur le r.vage ou grimpant un peu sur la pente. Ces bourgades de pêcheurs sont très espacées; elles semblent isolées et

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