‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 5 sur 135 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

séparées du monde qui s'étend derrière elles par des plateaux rocheux, inhabités et couverts seulement d'épinettes.

Lorsque l'on se rend au Canada sans pouvoir s'arrêter en route, il serait très regrettable de faire les 200 derniers kilomètres de nuit, car, si le voyageur ne doit pas voir les abords de Québec autrement que du navire, il se trouvera certainement satisfait du spectacle, à condition que le temps soit propice. En effet, à mesure que le fleuve se resserre, on distingue mieux le caractère si différent des deux rives : celle du nord, constituée par un mur presque continu de montagnes; celle du sud, verte, fertile et basse, semée de nombreuses fermes, de villages et de bourgs francocanadiens aux couleurs vives, se détachant sur un fond de collines doucement ondulées. Puis ce sont les 30 derniers kilomètres, entre la terre ferme et la belle île d'Orléans qui, il y a cent cinquante ans déjà, enchantait les Anglais envahisseurs par sa grasse fertilité et ses fermes riantes; enfin, l'on se trouve brusquement en présence de la noble cité, perchée sur son roc, qui, par tant de côtés, contraste si étrangement avec l'immense empire de progrès matériel qui s'étend à l'ouest derrière elle.

Le panorama de Québec, lorsque l'on contourne la pointe d'Orléans pour s'avancer lentement jusqu'au pied de ses murs, vaut bien à lui seul le voyage. Audessus des mâts et des entrepôts qui entourent la viHe basse, ce ne sont que toits aux pignons aigus, tours et clochers d'églises, de monastères et de monuments publics, d'un style très éloigné de la civilisation américaine moderne et qui rappelle d'autres âges et d'autres pays, s'élevant en étages le long des pentes

lO LE CANADA

rapides du roc puissant, jusqu'aux batteries de la citadelle qui le couronnent majestueusement. Des rangées de hautes collines encadrent à quelque distance cet admirable port où cuirassés et paquebots sont ancrés côte à côte au milieu d'une foule active de bateaux plus petits, tandis qu'une chaîne de villages entourés de bois borde le rivage et que les chutes de Montmorency, se précipitant des hauteurs boisées sur l'extrêmedroite, forment un cadre digne de l'un des plus beaux spectacles du monde.

La douane canadienne, soit à Montréal, soit à Québec, n'est pas terrible pour les étrangers. La liste des objets soumis aux droits est formidable sur le papier, mais le bon sens aide à interpréter la loi pour l'inspection des bagages. L'émigrant et le touriste sont les bienvenus au Canada et ils peuvent apporter tout ce qui leur plaît pourvu que ce soit évidemment pour leur usage personnel. La douane réserve sa surveillance pour les Canadiens revenant d'Europe, que l'on peut justement soupçonner d'avoir fait des provisions de vêtements à Londres au détriment de leurs fabricants nationaux. A vrai dire cependant, les douanes canadiennes sont partout très raisonnables et l'on ne voit pas se produire à Québec ou à Montréal ces scènes entre élégantes et douaniers qui égaient si souvent les débarcadères de New-York.

La plupart des touristes vont, cela se conçoit, au château Frontenac, magnifique hôtel construit par le Pacifique Canadien sur la terrasse, au pied de la citadelle. Il est naturellement plus cher que les anciens hôtels, par exemple le Clarendon qui, pour deux ou trois dollars par jour, est excellent et se trouve dans un site très agréable. Il ne sera peut-être pas inopportun de dire, à ce propos, un mot des hôtels canadiens.

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