‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 41 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que lors de la guerre anglo-boer. Les journaux de Londres se plaisaient à dépeindre les Franco-Canadiens comme d'ardents partisans de l'Angleterre au Transvaal, s'enrôlant en masse pour prendre part à la lutte. Une petite compagnie d'infanterie franco-canadienne prenait des proportions gigantesques, et ce qui n'était, en réalité, qu'une exception était représenté comme un fait général. On a compris depuis que l'élan de loyalisme qui emporta alors le Canada anglais s'était produit au moment où un Français, l'admirable Sir Wilfrid Laurier, était premier ministre à Ottawa. Le mouvement belliqueux était trop fort dans les provinces anglaises pour qu'un Premier pût lui résister et rester au pouvoir. Laurier, à l'encontre de son sentiment personnel et pour conserver la situation politique de son parti, fut contraint d'obéir aux bruyants appels des chauvins qui demandaient l'envoi de contingents canadiens en Afrique du Sud. Les Canadiens français acquiescèrent sans enthousiasme, mais sans manifester de mauvaise humeur et se remirent tranquillement à leurs affaires. Sur huit mille Canadiens qui formèrent les différents contingents, il y eut environ une centaine de Français. En fait, les Franco-Canadiens, surtout la masse rurale, s'intéressèrent fort peu à la guerre et n'y prirent pas part, et les Anglais ne sauraient raisonnablement les blâmer de leur indifférence. L'attitude de la population des villes fut plus variée : des relations de famille, d'amitié ou d'affaires attachaient, en effet, certains Français à la cause anglaise; par contre, on vit à Trois Rivières et à Montréal des fouies conspuer et siffler les cérémonies patriotiques qui eurent lieu à l'occasion des victoires de Mafeking et de Ladysmith.

Planant au-dessus de ces préoccupations, se trouve

l'Eglise, plus ultramontaine, mieux sur ses gardes que jamais, tenant V habitayit dans le creux de la main, à peine déâée par le parti libéral des villes, encore restreint mais grandissant. Au Canada, l'Eglise n'est pas l'affaire des femmes et des enfants seulement, comme dans certains pays catholiques, mais de la nation tout entière. Elle a un revenu de plus de cinq millions de francs dans une province plutôt pauvre; elle ne verse pas d'impôts. \.' habitant, il est vrai, comme nous l'avons vu, n'en paie pas moins cher sa religion et la redevance est perçue par l'Etat, au cas oii l'Eglise échouerait. Quand on hypothèque sa ferme pour construire une église, cette hypothèque est privilégiée sur toute autre créance. Au point de vue de l'instruction, l' arrière-pensée du clergé est de le maintenir dans son état arriéré, ce qui lui est facile, puisqu'il a en son pouvoir les écoles. En somme, l'habitant est un être simple, ignorant, dévoué, réjoui et assez industrieux; il occupe, sans récrimination, des régions que ses voisins anglais auraient sans doute déjà abandonnées depuis longtemps. Si cet état de choses satisfait les Franco-Canadiens, il ne semble .pas qu'il y ait grande raison de se plaindre.

En ce qui concerne l'émigration des Franco-Canadiens aux Etats-Unis, on peut dire que les prêtres ne l'aiment pas beaucoup : ils accompagnent autant que possible leurs troupeaux, car les Irlandais ne sauraient les remplacer, sans compter qu'ils sont républicains. Les émigrants ne perdent pas contact avec leur village natal; la plupart ne s'absentent que temporairement et font rentrer ainsi beaucoup d'argent au Canada. Ils en rapportent évidemment des idées plus larges et plus libres qu'ils échangent entre eux au coin du feu; le clergé lui-même commence à en être pénétré. Mais, en

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