‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 47 sur 135 · CHAPITRE \T · texte numérisé non relu

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d'Angleterre des fermiers et des ouvriers. Cette aristocratie s'était groupée dans les villes et autour d'elles, à Niagara, Kingston, Toronto, car la vie de campagne n'a jamais réussi au Canada à retenir les hautes classes de la société.

En 1867 fut constituée la Confédération canadienne. Le gouvernement de l'Ontario, différant en cela de ceux de Québec et de la Nouvelle-Ecosse, repoussa l'idée d'une Chambre haute et se contenta d'une assemblée élective. Dans l'intervalle, l'émigration avait régulièrement déversé son flot dans le pays : elle venait surtout d'Angleterre, d'Ecosse et du nord de l'Irlande. On défricha rapidement les terres fertiles de l'est et de la presqu'île. C'est peut-être l'époque de la guerre de Crimée qui fut celle du défrichement et des progrès les plus rapides. Le blé avait un rendement magnifique; les fermiers mettaient de l'argent de côté : ils construisirent alors ces bonnes maison de pierre et de briques, ces belles granges que l'on y remarque encore. En 1870, il ne restait plus guère de terre de valeur qui ne fût pas cultivée. L'Ontario, au point de vue agricole, était presque complètement occupé; depuis ce temps, il s'est mis à changer ses méthodes de culture, il est devenu la principale province industrielle du Dominion, et il a fourni au Nord- Ouest ses colons les plus robustes et les plus heureux.

Les premiers temps de la colonisation de l'Ontario, les luttes des Loyalistes de l'Union dans les forêts que l'on peut évoquer, par contraste, sont un souvenir presque tragique. Ils n'avaient ni routes, ni écoles, ni médecins, rien des objets nécessaires à la vie, en dehors de ceux qu'ils pouvaient se procurer euxmêmes. On comptait, parmi les réfugiés, des femmes délicates qui n'avaient pas la ressource de revenir en

arrière, comme elles pourraient le faire maintenant, si l'entreprise est au-dessus de leurs forces : tous avaient, en tout cas, à lutter, outre leur labeur quotidien, contre des tempêtes de neige furieuses en hiver, contre les fièvres et les moustiques en été, les incendies des forêts, les loups, et beaucoup d'autres maux encore. Il est difficile, lorsque l'on n'a pas une expérience personnelle de la vie des grands bois, de se rendre compte de ce que fut le défrichement de l'Ontario à cette époque. Même ceux qui connaissent bien cette vie ont peine à se figurer que le paysage assez agréable des alentours de Guelph, de Brantford ou d'Hamilton était autrefois un désert de bois, avec quelques clairières couvertes de souches et des cabanes autour desquelles les loups venaient rôder la nuit.

Le premier aperçu de l'Ontario et du Canada anglais, vus du chemin de fer, n'a rien de caractéristique : c'est tantôt un paysage français, comme à Rigaud, par exemple, que domine un vieux manoir et où se dressent plusieurs clochers dorés; puis des cantons bien anglais, au contraire, avec leurs grandes maisons de bois, laides et mal entretenues, des champs carrés, entourés de clôtures en mauvais état : c'est, en général, un pays plat et peu attrayant. Toutefois, lorsqu'on le traverse en hiver, par un jour très froid, que les champs, couverts d'un blanc manteau de neige gelée, reflètent les rayons du soleil et que la vie semble suspendue dans la plaine silencieuse, autour des fermes d'oii s'échappe un filet de fumée bleuâtre, ce tableau reste agréablement gravé dans le souvenir.

L'histoire d'Ottawa est assez romanesque : il y a une centaine d'années, il n'y avait, dans ce désert, qu'un seul colon, un Américain; vingt ans après, fati-

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