‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 48 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

gué, sans doute, de son isolement, il vendit la rive située en face de son domaine pour deux cents dollars : c'est l'emplacement où s'élève actuellement Ottawa. Quelques années plus tard, on construisit le canal Rideau, qui permit aux bateaux de passer d'un Canada dans l'autre, sans être arrêtés par les Américains en cas de guerre. Cette circonstance, et les progrès de l'industrie du bois, ûrent croître Bytown, comme on appelait alors le village dont la population atteignait dix mille habitants. Au moment de l'établissement de la Confédération, alors qu'on discutait chaudement sur le choix de la capitale fédérale, on décida de ne tenir compte que de la commodité générale, et de mettre d'accord les cités qui s'étaient mises sur les rangs, Montréal, Québec, Toronto, Kingston, en choisissant une ville neuve.

On lui donna le nom d'Ottawa et, en 1865, les édifices gouvernementaux, dont le roi Edouard VII, alors prince de Galles, avait posé la première pierre cinq ans auparavant, étaient inaugurés. Bâti sur une colline qui domine Ottawa, il n'existe peut-être pas au monde un siège de gouvernement plus fièrement situé. Construit en gothique moderne, de grès clair, mais déjà adouci par la patine des aimées, avec des revêtements de grès rouge autour des ouvertures, un bâtiment principal abrite le Sénat et la Chambre, avec leurs dépendances, tandis que dans des ailes séparées sont logés les différents ministères. La bibliothèque, de forme circulaire et très décorée, est superbe : elle contient environ 250 000 volumes, placés sur des rayons des bois canadiens les plus rares. Les bâtiments sont entourés de jardins d'où l'on a une vue magnifique.

En contemplant, de ce point, la rivière, on se rend compte de l'ampleur de l'industrie du bois à Ottawa :

on y débite près de cent mille kilomètres de troncs par an. La ville de Hull, sur la rive opposée, est entièrement occupée à la réception, au sciage et à l'embarquement des bois venus par flottage des forêts lointaines. En amont de la rivière, les deux villes semblent se confondre en un fouillis inextricable de piles de bois, de Hangars, de scieries et de canaux aux eaux impétueuses. Les chutes de la Chaudière sont complètement divisées, enserrées et domestiquées pour fournir l'énergie électrique et la force motrice.

En hiver, toute la rivière, au pied du Parlement, est gelée : des foules de piétons et de voitures la traversent. La Chaudière présente alors un curieux spectacle, vue du pont qui relie Hull à Ottawa. L'eau, de ce brun sombre particulier aux rivières venant des forêts, surgit sous des cônes fantastiques et étincelants et coule impétueusement entre des stalactites gigantesques de glace, qui pendent des embarcadères et des arcs-boutants. Le climat d'hiver à Ottawa est rigoureux, mais beau et viviflant. Comme l'élément aisé prédomine dans une population de près de 70000 habitants, les routes d'alentour, qui allongent leurs rubans blancs dans la verdure des bois de pins, retentissent, les samedis après-midi et les dimanches, des clochettes des nombreux traîneaux, et l'on y entend sans relâche le bruit amorti du piétinement des chevaux, qui trottent rapidement, emportant sur la neige tassée leurs conducteurs couverts de fourrures. Pour les gens qui ont du loisir, qui font tous les jours de petites promenades, pour se rendre d'une maison bien chauffée dans une autre, s'arrêtent un instant à flâner au soleil dans un coin abrité, ou qui pratiquent le patinage ou les raquettes, c'est une saison délicieuse. Reste à savoir si les ouvriers occupés en plein air à des travaux sédentaires et les fermiers qui

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