CHAPITRE VI lOT
rentrent leurs fourrages sont aussi enthousiastes du
froid.
Le Parlement fédéral se réunit à la fin de février, pour une session dont la durée dépend des travaux inscrits à son programme. Le Sénat comprend environ soixante-dix membres, élus à vie; la Chambre basse environ deux cent trente. Le ministère, organisé à peu près sur les mêmes bases que celui de Westminster, représente le parti au pouvoir : il est responsable envers le pays. Ottawa, avec son nombreux personnel gouvernemental et administratif, sans parler du monde des affaires, ne manque jamais d'animation et c'est même, pendant la session législative, une ville très gaie.
Le quartier des maisons particulières, qui est très vaste, s'étend derrière les deux grandes rues commerçantes, en un damier d'avenues ombragées. La ville et les faubourgs sont desservis par un admirable réseau de trams électriques. Au bas du plateau sur lequel s'élève la plus grande partie de la ville, coulent, à quelque distance l'un de l'autre, et viennent se jeter dans l'Ottawa, la rivière et le canal de Rideau. Au loin, de l'autre côté du fleuve, et presque dans la campagne, se dresse Rideau Hall, résidence du gouverneur général, château simple, mais vaste, situé au milieu de pentes boisées. C'est le grand rendez-vous de la société d'Ottawa, célèbre par les fêtes données sur le rink voisin. Les premiers patineurs du Canada s'y rencontrent de temps à autre, mais la valse et le hockey ont maintenant à peu près détrôné le patinage de figures, autrefois si en vogue.
Au point de vue politique, bien qu'il ne s'agisse, au fond, que de légères divergences sur les questions douanières, la vieille rivalité, parfois pleine de rancœur, qui divise les deux partis, semble n'avoir rien
perdu de son acuité. Les accusations de malversation qu'ils se jettent à la tête laissent toujours beaucoup d'amertume, parmi les politiciens. Si on les en croyait, les bâtiments du Parlement d'Ottawa seraient mûrs, comme Sodome, pour un terrible châtiment du ciel. Les gens qui ne s'occupent pas de politique ne prétendent pas y connaître grand'chose : leurs affaires les occupent trop ; mais ils se montrent généralement pessimistes, quand on les presse de faire connaître leur avis, ou même s'ils vous le disent de leur propre mouvement. L'opinion de personnes qui sont certainement bons juges, est que les principes des membres de la Chambre basse s'affaiblissent sensiblement ; le niveau de la culture des représentants a baissé; mais les députés français sont, sous ce rapport, supérieurs aux anglais, pour la boime raison qu'un plus grand nombre d'entre eux a reçu une instruction classique; il n'en est pas moins vrai que les affaires du pays sont administrées, en somme, avec efficacité et ne reviennent pas trop cher, quoiqu'il se passe des choses, aux élections, dont le simple soupçon, en Angleterre, ferait bondir tout le pays.
Il semble que des questions plus graves qu'il ne s'en est jamais posé vont maintenant passionner les Canadiens. Il est évident que l'organisation des moyens de défense dans l'Empire britannique, le protectionnisme, les relations commerciales entre possessions anglaises, sont maintenant au premier plan de leurs préoccupations. Il ne faut pas oublier aussi que les Canadiens ont chacun leur opinion personnelle, et qu'il est enfantin de donner une interview de Sir Wilfrid Laurier, sur une question internationale, comme traduisant l'ensemble de l'opinion canadienne. Il est certain, en tout cas, que l'attachement du Canada anglais à la mère-