‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 50 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

patrie est très ardent, plus vif qu'il ne l'était, sans doute, il y a trente-cinq ans, mais le Canadien, len général, ne se sent guère attiré par des complicaticms et des engagements déterminés, et se soucie peu, habituellement, de discuter les affaires de l'empire. Il est comme absorbé par son propre pays, dont il est plus fier que jamais. Il le considère plus comme une nation indépendante que comme faisant partie de l'Empire Dritannique. Après avoir travaillé très dur, sans grand profit, pendant plusieurs générations, il croit que son heure est venue. Son vaste territoire s'est révélé plus grand encore, plus fertile et plus habitable qu'il ne l'avait espéré.

Or, il ne nous semble pas que ce nouvel état de choses ait mis dans l'esprit du Canadien en général une conception plus nette et plus complète de sa solidarité avec la métropole, si ce n'est de lui inspirer le désir de lui vendre plus cher ses produits, sans rien sacrifier en échange. En parlant de ces choses avec beaucoup de Canadiens de naissance ou d'adoption, non seulement dans mie ville ou dans une province, mais dans tout le Dominion, et en tenant compte des extrêmes, il semble que la note dominante soit le désir d'être laissé en paix, et la défiance à l'égard de combinaisons qui pourraient amener des complications et les entraîner plus loin qu'ils ne voudraient. Il y a peut-être là de l'égoïsme, et les écrivains anglais qui étudient les questions impériales ne se font pas faute de le dire. A cela, le Canadien répond en rappelant sa conduite pendant la guerre du Transvaal, comme preuve de son loyalisme effectif. Il est probable qu'il continuera à préférer le lien d'une obligation morale à celui d'une coopération nettement spécifiée. Devant ces questions brûlantes, nous nous contenterons d'enregistrer l'estima-

tion qui a été faite que, dans une dizaine d'années, le Nord-Ouest canadien sera en mesure d'approvisionner de blé la Grande-Bretagne à lui seul. Dans les conditions présentes, et avec les prix actuels, la culture du blé y est si prospère que le gouvernement fédéral invite le monde entier à venir prendre sa part de ces bonnes choses. Enûn, le prix moyen du bétail est également rémunérateur.

Le lecteur pourra donc se demander pourquoi le consommateur anglais, chargé d'impôts, devra-t-il continuer à enrichir ainsi le Canadien qui proclame, à juste titre d'ailleurs, son extraordinaire prospérité actuelle. On dit bien que l'Angleterre redeviendra un pays de blé, mais pour combien de temps ? Si le Nord-Ouest canadien produit, dans une dizaine d'armées, assez de blé pour nourrir l'Angleterre, et cela avec un beau béné- Hce, que deviendra encore le fermier anglais, et tous ceux qu'on essaie de faire <( revenir à la terre », pour redoimer de la force à la race anglaise. Il y aura alors une nouvelle crise ? Quoi qu'il en soit, certains Canadiens nous ont dit que c'était là la dernière carte de l'Angleterre; si elle prend le mauvais chemin, elle ne pourra plus revenir en arrière, et où ira-t-elle ? Il y a vingt-cinq ans, les Canadiens qui se trouvaient dans cet état d'esprit auraient parlé d'annexion aux Etats- Unis; maintenant, il s'agit d'indépendance. Personnellement, nous croyons que c'est là, en effet, la destinée finale du Canada, non pas qu'il y ait à cette solution des raisons impérieuses, mais elle semble être l'idée de derrière la tête chez beaucoup de Canadiens sensés et loyalistes, et qui ne désirent nullement la rupture.

La qualité de membre de la Chambre fédérale des communes ne comporte aucune espèce de distinction

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