CHAPITRE VI
sociale. Il n'y a que les degrés les plus élevés de réchelle politique qui comptent pour quelque chose dans la société de Montréal, de Toronto, de Québec ou de Hamilton; c'est, d'ailleurs, ce qui se produit inévitablement dans les pays de gouvernement démocratique. Ottawa, avec ses réceptions ojE&cielles et mondaines, est une réduction de Washington : il offre un grand nombre de distractions de ce genre à ceux qui les aiment. Les Anglais et les Français s'y mêlent mieux que nulle part ailleurs, peut-être. Les Franco- Canadiens catholiques forment la majorité de la classe ouvrière et moyenne.
La cour d'appel suprême siège dans une des ailes du palais du Parlement. Six juges, trois anglais et trois français, en robe rouge et hermine, et les avocats en robe et rabat, mais sans perruque, qui plaident en anglais, avec l'accent français, offrent un tableau suggestif et intéressant, que dominent les armes royales d'Angleterre.
La milice du Dominion, dirigée par le département militaire d'Ottawa, forme, avec les garnisons anglaises d'Halifax et d'Esquimault (Vancouver), la seule défense du Canada. Elle est composée d'une fraction permanente et de nombreux régiments correspondant aux corps de volontaires anglais. La fraction permanente comprend un régiment de dragons, une division d'artillerie de campagne et de forteresse, quelques fusiliers montés, dans le Nord-Ouest, et un régiment d'infanterie réparti entre cinq dépôts environ. La milice proprement dite comprend onze régiments de cavalerie, de l'artillerie et du génie, des troupes d'administration et une centaine de régiments d'infanterie. Ceux-ci sont numérotés, mais la plupart portent en même temps des noms régionaux ou de fantaisie. Aucun
n'est mixte dans une proportion appréciable, mais beaucoup sont de recrutement exclusivement français. Ce sont, par exemple, le 6i®, régiment de Montmagny; le 64®, Châteauguay et Beauharnais ; le 65^, carabiniers du Montroyal, etc. Il y a aussi des régiments de highlanders, de fusiliers, de tirailleurs, de grenadiers, sans oublier la garde du gouverneur général, qui a le pas sur les autres armes. L'effectif total des différentes troupes atteint environ 40000 hommes. Il y a d'ailleurs un grand mouvement de volontaires au Canada; il est inutile d'ajouter que les milliers de combattants qui ont pris part à la guerre sud-africaine ont infusé une vie nouvelle à la milice et forment un élément incomparable d'ardeur et d'entraînement.
Enfin, le collège militaire de Kingston, dont le Canada est justement fier, est d'une discipline et d'un esprit de corps remarquables; un grand nombre de jeunes gens, qui ne se destinent pas à l'armée, y font également leurs études. L'Angleterre accorde chaque année des brevets d'officiers aux meilleurs élèves qui les postulent. C'est aussi une belle école d'entraînement pour former les officiers des troupes défensives canadiennes.