CHAPITRE VII
Le paysage de rOatario. — Les villes. — Transformation de la vie. — L'activité manufacturière. — Rareté des domestiques. — Le chauffage. — La question douanière. — Les hôtels. — Les distractions.
La province de l'Ontario doit être étudiée à un autre point de vue que celle de Québec. Celle-ci est, en quelque sorte, une petite nation abritée par le pavillon britannique; l'intérêt qu'elle excite, surtout pour un Anglais, est d'un caractère principalement pohtiqvie et pittoresque.
L'Ontario se présente sous un autre aspect et doit être dépeint autrement. Ses habitants et son paysage ne sont pas aussi pittoresques, mais leur description est, au point de vue pratique qui nous occupe, plus suggestive.
Une tournée en voiture à travers les districts fermiers de Kingston à Goderich, sur le lac Huron, par exemple, serait une excursion agréable pour celui qui aime à aller en voiture, et, en tout cas, très instructive. Les routes sont relativement bonnes; le pays est aussi civilisé, aussi habité et présente presque le même coup d'œil que certains comtés anglais du centre, mais sans leurs parcs et leurs châteaux. Par contre, on n'y trouve pas d'équivalent des villages anglais, car, en dehors des fermes, il n'y a que de petites villes, dont la population varie
entre deux mille et dix mille habitants. On verrait deux lois |)lus de ferinos im[)oitav)tes dans l'Ontario que dans ces comtés, car leur superficie moyenne atteint à peine la moitié de celle des exploitations anglaises, et ce sont généralement des terrains appartenant à ceux qui les cultivent. Les bâtiments d'habitation sont à peu près équivalents, comme importance, comme confort et comme .solidité, aux grandes fermes anglaises; les constructions et le cadre qui les entourent ont un aspect aussi ornemental, mais, naturellement, on n'y rencontre pas ces vénérables bâtiments qui, en Angleterre, viennent, de place en place, réjouir la vue du promeneur. Cette excursion ravirait un Arthur Young; l'automobiliste moderne la trouverait peut-être un peu monotone, si tant est, pourtant, que ce qu'il voit en cours de route fait partie de son plaisir.
Au printemps, en été, à l'automne, le paysage est toujours agréable; peut-être un peu brûlé en juillet ou en août, si la saison est très sèche. Comment pourraitil, d'ailleurs, en être autrement d'une campagne qu'égaient des feuillages variés, des cultures, des prés et des pâturages, oti courent des rivières limpides et murmurantes (car elles ne sont pas paresseuses comme celles du sud de l'Angleterre). Pourtant, il ne saurait y avoir grande diversité, là où il n'y a psis de vieilles demeures, pas de souvenirs historiques, et là où règne un niveau social uniforme de propriétaires. Néanmoins, la continuité de ce paysage agréable et soigné étonnerait peut-être beaucoup d'Européens qui se figurent que le Canada n'est qu'un pays de forêts incultes.
Mais la connaissance effective de deux ou trois régions et de leurs habitants, en des points divers de l'Ontario, suffÎTait à dormer à l'étranger une idée aussi complète de la vie rurale et du paysage qu'un voyage