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minutieux à travers toute la province Nous nous proposons donc de diviser l'étude de l'Ontario en quatre parties distinctes : les grandes villes, les villes rurales, les fermes et les forêts.
Il y a quatre villes principales dans l'Ontario, en dehors d'Ottawa : Toronto, rivale de Montréal, qui possède quelque deux cent soixante-quinze mille habitants, et qui a l'aspect d'une capitale; Hamilton et Londres, plus à l'ouest, dont la population est respectivement d'environ soixante et quarante mille âmes; et Kingston, berceau de l'Ontario Oriental, beaucoup moins peuplé, mais important au point de vue militaire et universitaire. Viennent ensuite une quarantaine de villes rurales de plus de 4 000 habitants, mais dont la plupart n'atteignent pas 10 000, et qui ont pris de l'importance depuis que l'Ontario est devenu ime province industrielle en même temps qu'agricole.
La vie de campagne proprement dite, comme propriétaire ou comme fermier vivant des produits de la terre, n'a jamais eu d'attrait pour les hautes classes canadiennes : depuis l'époque la plus ancienne, elles se sont toujours concentrées, construisant leurs résidences dans les villes ou les bourgs, pour suivre plutôt des carrières libérales ou gouvernementales. La plupart des petites villes renfermaient ainsi un groupe de familles, d'habitudes et de traditions anglaises, qui donnaient le ton à la société. Ayant, depuis leur fondation, de gros intérêts dans les banques privilégiées, qui ont toujours été l'orgueil des Canadiens, ces vieilles familles y mettaient leurs ûls, instituant une mode qui donne, encore aujourd'hui, à l'employé de banque canadien une situation sociale toute différente de celle dont jouissent, en général, ses collègues des autres pays.
L'existence menée dans ces villes était une image fidèle de la vie anglaise. Le genre de chasse que le Canada pouvait offrir était également à la portée de l'homme de loi ou du fonctionaire, et du fermier; tout contribuait à renforcer les goûts sociables de la classe bourgeoise. Mais, à part trois ou quatre des plus grandes, le lustre des villes de province, à ce point de vue, a disparu. Toronto a absorbé tous les survivants d'une classe sociale qui, considérée comme riche d'après les revenus modestes d'autrefois, se recevait et recevait les étrangers avec une hospitalité simple et cordiale.
Cette constatation risque de soulever les protestations de beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles qui mènent une vie fort gaie dans l'une ou l'autre de ces villes de province, et qui ne manqueront pas de répliquer que la richesse et la population y ont augmenté dans de notables proportions; mais, en se rappelant que c'est ici un terrain très délicat, il faut reconnaître que les vieilles familles, avec leurs idées conservatrices, se sont éteintes, ont été dispersées ou absorbées; des idées plus démocratiques se sont répandues, enfin, des industriels et des commerçants ont amassé rapidement de grandes fortunes, sous le régime protectionniste. Les villes ne sont pas moins gaies que jadis, mais les simples salles de réunion d'autrefois ont été remplacées par d'autres, beaucoup plus luxueuses, et l'on y voit danser des jeunes gens dont les pères ont commencé leur fortune dans de modestes boutiques ou l'ont réalisée dans leurs filatures, dans la construction de m.achines, la meunerie, etc., et se sont enrichis, comme diraient les libreéchangistes, sur le dos du fermier et du propriétaire rural.