‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 56 sur 135 · CHAPITRE VII fI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII fI

le trottoir. Les avenues sont généralement bordées de rangées d'érables : c'est aussi l'arbre favori des jar dins. Parfois, un chêne, que la main des premiers colons épargna par un heureux hasard, étend ses branches au-dessus du jardin arrangé à l'anglaise, et qui contient généralement un terrain de tennis ou de croquet. La maison, carrée ou oblongue, n'a d'autre décoration que sa véranda et le charme des plantes grimpantes qui la tapissent. Il y a aussi beaucoup de villas modernes, avec des parcs qui nous font regretter d'avoir dit que la renommée des villes de campagne est à son déclin. On s'y amuse toujours autant, quoique, peut-être, d'une autre façon : on y fait des parties de traîneau, du patinage, du hockey sur des rinks en plein air ou couverts. En été, le golf, un peu de cricket, le tennis sont des occasions de réunions; enfin, la danse semble n'avoir rien perdu de la popularité dont elle a toujours joui dans le Haut-Canada, depuis qu'il commença à être défriché.

Dans les premiers temps que nous connaissions le Canada, les familles aisées, établies à Woodstock, à Niagara ou à Port Hope, ne se croyaient nullement inférieures aux gens parmi lesquels vivaient leurs amis et leurs parents de Toronto, et il ne s'établissait entre eux aucune comparaison fâcheuse, au point de vue des manières ou de la mode ; les hautes classes étaient, en effet, unies par le mariage ou l'amitié, et se trouvaient répandues dans toute la province; tout le monde vivait très simplement, sur des revenus modestes. Maintenant, les villes se lancent dans les réceptions mondaines raffinées. Mais toutes ces charmantes maisons qui bordent les avenues ombragées ont une plaie cachée. Autrefois, un ménage jouissant d'un revenu de mille, deux mille, trois mille dollars

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avait un, deux ou trois domestiques pour trente francs par mois. Maintenant, les gens relativement riches qui habitent des maisons plus vastes ne peuvent, souvent, en trouver à aucun prix, et ce n'est que grâce à des gages exorbitants qu'on réussit, parfois, à obtenir un service médiocre. Mais, d'une façon générale, on ne peut avoir de domestiques en dehors des villes. Le voisin d'un de nos hôtes, dans une localité proche de Toronto, qui était un millionnaire américain, avait dû renoncer à continuer à y habiter, faute de domestiques. Dans une autre petite ville florissante, un de nos amis se débattait comme il pouvait dans une vieille propriété qui, en Angleterre, aurait demandé au moins quatre femmes de chambre et deux jardiniers : il n'y avait pas une seule domestique dans la ville et, cependant, des centaines de jeunes filles travaillaient dans les usines. Il lui fallait se lever de bonne heure, le matin, pour entretenir les pelouses avant d'aller à ses occupations. Les dames faisaient la cuisine et tout le ménage. C'est une situation curieuse, !mais les relations mondaines ne semblent pas en souffrir; les Canadiennes de tout rang ont ime façon merveilleuse de s'accommoder d'un état de choses que l'on considérait autrefois comme exceptionnel, et qui est maintenant presque périodique.

Les maisons, il est vrai, sont construites avec tous les derniers perfectionnements. Elles ont toujours une ou deux salles de bains, les plus grandes en ont une pour chaque chambre. On doime tous les ordres aux fournisseurs par le téléphone et l'on peut, en cinq minutes, lancer des invitations à tout son cercle d'amis. Un calorifère, dans le soussol, chargé à l'anthracite, maintient la température si égale dans toute la maison que les feux, pour lesquels

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