CHAPITRE VII
clientèle de ces hôtels de province, comme aux Etats- Unis, semble n'avoir aucun goût, mais elle se montre très exigeante sur le menu et sur la variété nominale des la nourriture, même si tous les plats sont cuits de façon à se ressembler tous, par leur absence de saveur, et lui sont servis complètement refroidis. Elle jetterait les hauts cris si un hôtel de province ou un hôtel de second ordre, dans une grande ville, ne lui donnait que deux ou trois plats, mais simples, bien accommodés et servis chauds. D'autre part, comme la vie est extrêmement bon marché dans ces petites villes de l'Ontario, on voit que cette déplorable cuisine n'est qu'une tentative malencontreuse de raffinement.
Nous avons déjà dit un mot des distractions : quoique les Canadiens travaillent ferme, ils ne sont nullement ennemis des amusements et s'entendent parfaitement à organiser leurs loisirs. La pensée d'un bal ou d'un pique-nique ne préoccupe pas celui qui le donne des semaines à l'avance, comme en Europe, et pourtant, il n'a peut-être, pour ainsi dire, pas de domestiques. On va encore danser, jouer aux cartes ou voir ses amis sans arrière-pensée, et l'hôtesse n'est pas en proie aux terreurs de la critique gastronomique qui, par exemple, en Angleterre, a un effet si désastreux sur les relations mondaines. Les jeunes gens s'amusent beaucoup entre eux et, malgré l'accroissement des fortunes, continuent à se donner gaiement beaucoup de plaisir simple et enviable, sans prétention et à peu de frais. Beaucoup de villes ont une garnison, qui leur donne de l'animation ; la jeunesse, organisée maintenant en corps de cadets, s'exerce au tir avec ardeur. Le patinage, que pratiquent les deux sexes, et, pour les hommes, le hockey sur la glace, sont, en hiver, les deux passe-temps favoris.
Quand le froid n'est pas trop vif, on patine sur les lacs et les rivières, mais il y a, naturellement, de grands rinks couverts permanents. Le patinage à figures a beaucoup moins d'adeptes qu'autrefois; il est supplanté par le hockey, que l'on joue sur de vastes pistes. C'est, de tous les sports de ce genre, le plus rapide et le plus plaisant à regarder. Quand des équipes renommées jouent à Toronto, à Montréal ou à Ottawa, le match attire des foules énormes et cause ime animation considérable. Le sleigh est toujours en vogue : des groupes de jeunes gens et de jeunes filles, avec des chaperons, se rendent d'une ville à l'autre, pour y souper ou pour une sauterie improvisée. Les excursions à raquettes sont également toujours un prétexte à réunions, par les belles journées d'hiver; enfin, le ski norvégien est devenu, depuis quelques années, à la mode.
Le football, enfin, est très populaire dans le Haut- Canada, ce qui est d'autant plus remarquable que la saison durant laquelle on peut y jouer, en automne, est très courte : toutes les villes ont leur club de rugby ou d'association. Le cricket, par contre, disparaît peu à peu devant le golf et le tennis. Il ne faut pas oublier non plus que, lorsqu'un jeune Canadien prend des vacances de quelque durée, il trouve toujours à proximité de vastes étendues de bois et d'eau, qui sont, pour lui, un véritable paradis et une source inépuisable de distractions.