CHAPITRE VIII
les en blâmer, mais elles n'en doivent pas moins travailler aussi dur. On se rend compte que les &lles de fermiers ayant un capital de 25, 50, 75 ou cent mille francs ont bien droit aux mêmes avantages que celles de commerçants moins à leur affaire, ou d'employés d'une situation équivalente. Il n'est peut-être pas d'Anglo-Saxon, ayant la situation de ces fermiers, qui soit plus modeste dans ses dépenses personnelles. Quand on songe à ce que ces gens et leurs pères ont fait, par leur labeur, de cette province, on aurait mauvaise grâce à leur reprocher, même poussées à l'excès, les qualités qui ont produit de tels résultats. Cependant, il n'est pas douteux que la lutte avec la forêt sauvage et l'âpreté de la vie primitive ont mis dans leur âme une dureté métallique. Une humeur un peu sombre et farouche, une vraie passion pour la frugalité, un culte exagéré du labeur incessant, le mépris de tout ce qui est là seulement pour plaire aux yeux, en dehors de la simple propreté sont, encore aujourd'hui, des traits distinctifs de la mentalité habituelle du fermier canadien. En outre, la condition sociale est assez uniforme, à cause de l'égalité de presque tous les domaines, au point de vue de la superficie, et du fait que tout fermier travaille de ses mains ou conduit ses hommes, s'il en a. D'ailleurs, il ne peut y avoir de fermage rémunérateur avec le seul emploi de journaliers. Ce système ne réussit pas. D'abord, l'ouvrier canadien, si peu logique que cela paraisse, ne souffrirait pas de travailler pendant que son patron, assis sur une barrière, le regarderait faire; en tout cas, il le mépriserait intérieurement, ce qui nuirait, évidemment, à leurs bons rapports. Des gens des villes s'amusent quelquefois à exploiter une ferme, mais ils n'ont pas la prétention de s'en faire de rentes, et ces exceptions n'ont
aucune portée au point de vue de l'économie rurale dans l'Ontario.
On rencontre bien aussi de vrais fermiers, différant un j3eu du type général, alliés aux vieilles familles du pays, et menant tout de même la vie dure de la ferme, mais ces gens sont rares : en fait, l'Ontario agricole est une sorte de démocratie égalitaire et qui, hors des villes, comprend tout ce qui n'est pas clergé, négociant, forgeron, épicier, etc. Il n'y a pas, au Canada, d'ouvriers des champs formant une classe sociale.
L'adoption des méthodes nouvelles a largement réussi au fermier de l'Ontario. Le prix des terres a bien remonté. Il vend avantageusement ses laitages, son bétail, ses fruits, sa volaille. On sait aussi que le Canada importe, chaque année, des quantités de plus en plus grandes de bœufs en Angleterre; l'Ontario y envoie également des chargements considérables de fromages, de beurre et de volailles. Les districts fruitiers, autour de Hamilton et de Niagara, sont prospères : on y voit des milliers d'hectares couverts de pêchers, de poiriers et de vignes, sans parler des pommes, qui sont une source de revenu pour presque toutes les villes de la contrée. Il peut être intéressant de savoir que la valeur annuelle des produits d'alimentation de cette province atteignait récemment un milliard de francs. Des expositions agricoles se tiennent chaque année dans chaque région : la plus importante, celle de Toronto, attire une foule énorme.
Le fermier canadien a la réputation, parmi ses compatriotes, d'être très parcimonieux : la tradition de la vie des grands bois, au temps où l'on fabriquait tout soi-même, et que l'on n'achetait rien, pour l'excellente raison qu'il n'y avait de magasin nulle part, se