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CHAPITRE IX

Toronto est, naturellement, construit en damier, les deux rues principales et les plus actives, King et Queen streets, courent parallèlement au bord du lac, les autres, qui les croisent, s'étendent le long de la pente douce sur laquelle s'étage la ville. Yonge street est la plus connue de ces artères transversales, surtout parce que, en survivance d'une ancienne coutume, elle conserve son nom à travers la campagne pendant une cinquantaine de kilomètres. Ces grandes voies sont bordées de maisons solidement bâties et d'un aspect imposant, quoique moins ambitieux peut-être que dans les quartiers d'affaires de Montréal. Elles sont construites en pierre et brique, en grès rose, en calcaire gris, en brique rouge ou blanche, et avec tout le respect de l'esthétique que l'on peut raisonnablement demander à des bâtiments de banque, de compagnies d'assurance ou de grands magasins. Il est regrettable, toutefois, que les voies ferrées, avec toutes les constructions qu'elles comportent, soient venues s'interposer entre la ville et le lac, de façon à empêcher, à cet endroit, toute promenade sur ses bords. Du reste, on peut passer des mois, surtout en hiver, dans les quartiers les plus élégants de Toronto et oublier complètement que l'on est, pour ainsi dire, au bord de la mer : en temps ordinaire, c'est à peine si l'on aperçoit l'autre côté du lac; par un temps clair, en été, on distingue le nuage de brume suspendu au-dessus du Niagara, à près de cent kilomètres au sud. En face de Toronto s'étend Vile, bande étroite et longue, à quatre kilomètres environ, sur laquelle sont établies des attractions variées pour les foules que les bateaux y amènent en été.

Brûlée par les Américains pendant la guerre de 18 12, la ville renaquit, comme un phénix, de ses cendres, atteignant déjà trois mille âmes en 1830. C'est, main-

tenant, une vraie capitale de deux œnt soixante-quinze mille habitants. Il est douteux qu'aucune autre cité de même importance renferme moins de membres de cette classe sociale dont l'indigence nécessite une assistance organisée, ou qui, frôlant la pauvreté, donne une apparence plus ou moins misérable aux quartiers où elle habite. Les grandes villes américaines renferment toujours un élément considérable d'Irlandais, d'étrangers et de nègres, qui y constituent une classe étendue et semi-indigente. Toronto n'est pas complètement exempt de cette charge, mais il est assez probable que sa population est, dans l'ensemble, la plus aisée qui soit au monde et que la province de l'Ontario offre une moyenne de confort qui n'est certainement atteinte en aucun autre endroit du globe.

Il serait fastidieux d'énumérer les industries variées qui fleurissent dans la capitale du Canada central, située à mi-chemin entre Halifax, Saint-John, Québec, yiontréa.! et l'Ouest. C'est un grand centre de distribution et d'échange, et il se développe toujours. Les deux lignes du Pacifique-Canadien et du Grand Tronc y pénètrent; plusieurs autres lignes de moindre importance y amènent les produits de la province. De grandes banques, maisons de commerce, compagnies d'assurance et sociétés de crédit, qui font des affaires jusque sur la côte du Pacifique, y ont leur siège. Les grands magasins, comme Eaton's et Simpson's, sont aussi vastes que W'hiteley's, à Londres, mais leur disposition rappelle plutôt ceux de Paris. Les usines de conserves, les fabriques d'instruments agricoles, les fonderies, les distilleries, les chantiers de constructions navales, les fabriques de voitures et de pianos participent au développement des affaires. Les gens aisés des villes de campagne viennent y faire leurs achats,

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