‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 70 sur 135 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et un large courant de touristes et de négociants anime constaniiiicnt les hôtels excellents et nombreux.

Toronto, en effet, est non seulement le point de départ des excursions en bateau à vapeur sur le lac Ontario, par les Mille Iles, vers Montréal et Québec, mais aussi vers les stations de l'intérieur des terres, où les Américains se rendent maintenant par milliers. La ville possède un des services de trams électriques les plus parfaits de l'Amérique du Nord. Leurs longues voitures se succèdent rapidement sur les grandes voies, et vous transportent, pour un prix modique : six tickets pour un franc vingt-cinq, jusqu'aux faubourgs les plus éloignés, et avec une vitesse merveilleuse.

Sans vouloir dresser la nomenclature de tous les monrunents, citons, avant de quitter les quartiers d'affaires, la basilique de Saint-Jacques, à la fois cathédrale diocésaine et église paroissiale; la bibliothèque publique, qui a été l'objet des libéralités de M. Andrew Carnegie; enfin, le Toronto Club, institution ancienne, considérable, et d'un remarquable confort.

Les affaires vont à merveille à Toronto ; comme celle de Montréal, sa croissance a été parfaite, saine et proportionnée au développement du Dominion. On n'y voit pas, comme à Sydney ou à Melbourne, une législation socialiste nourrir des oisifs en les occupant à des travaux publics superflus, et payés avec des emprunts; le caractère canadien ne l'admettrait pas : s'il n'y a pas pour lui de gagne-pain dans les villes, il faut que le sans-travail se dirige vers les bois ou la campagne : il y a toujours là un travail quelconque pour un homme de bonne volonté.

Toronto a peut-être absorbé, autrefois, pendant quelque temps, une partie de la vitalité des villes de province, mais le développement des manufactures

locales a, heureusement, arrêté cette tendance fâcheuse. On peut seulement dire que, maintenant, les gens qui ont fait leur fortune dans les petites villes cherchent naturellement à se lancer dans une plus large sphère mondaine, mais cela ne représente qu'une infime proportion.

La ville a souffert, et il n'y a pas encore de cela un très grand nombre d'années, de spéculations insensées sur les terres : ce boom était d'autant plus curieux qu'il se produisit à un moment où la prospérité canadienne était loin d'être brillante; mais, de même qu'à Winnipeg, la leçon fut telle qu'il n'y en aura probablement plus jamais besoin d'une autre. La valeur des terres remonte lentement, mais sûrement. S'il existe une ville au monde dont la croissance soit certaine et justifiée, c'est bien Toronto. Les loyers y sont élevés, mais la nourriture est à bon marché et excellente. Les districts agricoles les plus riches de l'Ontario l'entourent. Les vergers et les vignobles du Niagara sont tout proches ; enfin, ses communications avec toutes les parties du continent sont directes et rapides. On dit souvent qu'on peut tenir une bonne table à Toronto à moins de frais que dans toute autre grande ville de l'Amérique du Nord. On y a, en effet, en abondance et à bon compte, la volaille, les laitages, le poisson, les huîtres, dont on consomme une grande quantité.

La question de la nourriture nous amène tout naturellement à celle des intérieurs dans les grandes villes canadiennes. Même à Toronto, oh. se portent naturellement les domestiques qui se trouvent dans la province, la situation est critique. Il y a, dans la ville, beaucoup de millionnaires et de gens très riches, pour qui la question de gages n'existe pas; mais la grande

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