‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 71 sur 135 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

majorité des gens du monde, moins favorisés, éprouve d'énormes difficultés à trouver et à conserver un personnel. Des quantités de gens, qui, par la naissance et l'éducation font partie de la meilleure société, n'ont pas de domestiques, mais il faut dire que les maîtresses de maison sont merveilleuses d'habileté ménagère, et qu'elles emploient des appareils et dispositifs extrêmement pratiques. Il y a, par contre, des gens qui, de désespoir, ont renoncé à résoudre la question : faisant eux-mêmes leur ménage, ils prerment leurs repas à l'hôtel ou au restaurant.

Les Canadiennes doivent connaître à fond leurs devoirs de maîtresses de maison : à tout moment, à Toronto ou ailleurs, elles peuvent se trouver dépourvues de toute aide, et être obligées de faire la cuisine et les travaux d'intérieur pendant une durée indéterminée. Elles s'acquittent généralement de cette tâche d'une façon si discrète et si habile que l'étranger qui ne serait pas au courant de la situation et ne verrait son hôtesse qu'élégamment habillée, dans la salle à manger ou au salon, ne se douterait pas un instant qu'il ne se trouve pas, à l'Office, le personnel habituel. Aucune femme, évidemment, ne recherche cette situation, mais cela n'en rend que plus admirable la manière dont toutes se tirent d'affaire. On voit donc qu'il y a un débouché de premier ordre pour tous les genres de domestiques, à Toronto, et qu'il y aurait des occasions merveilleuses pour ceux qui savent se rendre nécessaires à leurs maîtres. Il y aurait également, pour les dames de compagnie, des situations remarquables, pourvu qu'elles soient réellement des dames et puissent tenir compagnie, ce qui, paraît-il, est bien rarement le cas.

La vie mondaine à Toronto, dont nous avons à

parler maintenant, est un sujet assez délicat à traiter. Nous avons vu que c'est probablement la ville de l'Amérique du Nord la plus agréable à habiter, au point de vue anglais ou canadien. Il y a vingt ou trente ans, quand elle était beaucoup plus petite, tout le monde se connaissait. Quoiqu'il y eût beaucoup de solide confort, il n'y avait pas, à cette époque, de très grosses fortunes; la société comprenait alors, comme dans les villes de province, surtout des gens appartenant aux carrières libérales ou des rentiers, dont les familles étaient unies par des mariages. Elle est toujours restée très anglaise, mais la manièie de voir y a changé : si la population a quadruplé, la classe mondaine a fait bien plus que quadrupler. D'énormes capitaux ont été mis dans le commerce et la spéculation ; il en est résulté une transformation complète de la vie.

On voit maintenant, aux tout premiers rangs de la société, des quantités de gens aux noms jusqu'alors inconnus, et ces parvenus déploient un luxe beaucoup plus fastueux que celui que les anciens cercles mondains ont les moyens ou se soucient de se donner. L'argent n'est, heureusement, pas encore complètement maître à Toronto : c'est un nouveau venu. Les anciennes traditions, la force numérique des vieilles familles, soutenues par l'élément de culture inséparable des univ^ersités, mettent, pour le moment du moins, des entraves à la puissance exclusive de la richesse. Cependant, il s'est effectué un changement considérable dans les mœurs : on dépense beaucoup plus, et le cercle de ce qu'on est convenu d'appeler la société s'est énormément élargi. Les dames se plaignent maintenant qu'elles passent tous leurs moments de loisir à faire des visites. Des gens qui ont habité toute leur vie Toronto et y con-

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