‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 72 sur 135 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

naissent tout le monde, affirment qu'ils voient maintenant très fréquemment, dans de beaux équipages, des personnes élégantes qui leur sont complètement inconnues; ils lisent dans les journaux des comptes rendus de réceptions somptueuses données par des familles dont ils n'ont jamais entendu le nom. Mais on ne peut bien saisir ces symptômes que lorsqu'on a connu autrefois le Haut-Canada.

Outre la série habituelle des dîners, des bals et des soirées, la mode des réunions à l'américaine s'y est également implantée. Il y a, par exemple, des thés de dames fort suivis, dans les salons très luxueusement décorés : devant des goûters variés s'écrase une cohue de femmes élégantes, critiquant sans pitié leurs toilettes ; il y a des dîners de jeunes gens avec bal ; des déjeuners de dames, très compliqués; des déjeuners et des thés de jeunes filles, et toutes sortes de réceptions en l'honneur des espoirs que l'on vient de lancer dans le monde.

La société mondaine de Toronto est si étendue, elle comprend tant de groupes qui se froisseraient certainement d'être classés et cotés comme ceux d'une ville d'affaires, qu'il est difficile de se livrer à aucune espèce d'évaluations. La seconde génération d'une classe de riches parvenus peut acquérir une sorte de suprématie mondaine dans un pays neuf, mais il n'en était pas de même pour la génération qui l'a précédée, et qui se trouvait en présence de familles aux noms depuis longtemps estimés, et qui n'étaient pas habituées à faire grand cas de l'argent. 11 faut qu'elle se contente d'être sur le Hiêine pied, et s'en estime encore heureuse. Mais dans vingt tins, si les choses continuent ù marcher de ce train au Canada, il y aura de grands changements; pourtant, le corps social est encore très sain à Toronto.

Ordinairement, partout oîi se concentrent les Anglo- Saxons, il se produit un mélange de snobisme et de vulgarité. Celle-ci se trouve surtout développée aux Etats-Unis, tandis que le snobisme a plutôt son terrain favori en Angleterre. Toronto est mieux exempt de ces travers que la plupart des autres grandes villes anglo-saxonnes.

Au point de vue sportif, c'est un centre important d'athlétisme. Le football, dont la saison est courte, la course et le bateau sont très populaires, ainsi que le cricket. Le tir compte également de nombreux adeptes, mais, comme à Montréal, le hockey sur la glace est probablement le sport le plus entraînant. Le jeu si morne du baseball jouit également d'une certaine vogue. Le golf tient aussi une très belle place, et un certain nombre de links superbes, avec de spacieux pavillons, se trouvent à peu de distance de la ville. Enfin, il y a un club de chasse, association mi-sportive, mi-mondaine, qui possède, à une dizaine de kilomètres, une belle installation, des chenils et un vaste domaine ; on s'y amuse beaucoup et l'on y dorme de nombreux dîners dans le plus agréable des rendez-vous de chasse.

Nous n'avons encore pas parlé de l'aspect des quartiers d'habitation de Toronto qui, en été, sont renommés pour leurs ombrages et leur verdure. La plupart des maisons sont de brique ou de grès rose; généralement construites par des particuliers, pour leur usage personnel, elles font preuve d'un certain goût. Les pelouses au milieu desquelles elles se dressent, comme c'est l'usage au Canada et aux Etats-Unis, n'ont pas de clôture sur le trottoir; les rues sont en même temps bordées de rangées d'érables ou de tilleuls en plein développement.

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