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CHAPITRE IX

Dans la banlieue même, comme à Rosedale, sur des hauteurs accidentées, à plus de trois kilomètres du centre de la ville, on ne vend des terrains qu'à condition que l'acheteur construise sa villa d'après un choix de plans que fournit un architecte coté.

En somme, Toronto tout entier peut être ûer de son aspect, surtout en été, et il en est, en effet, très fier. Par les nuits d'hiver aussi, ces allées sont magnifiques, dans l'éclat des lumières électriques qui projettent l'ombre des arbres dépouillés sur la neige durcie, chaque rameau et chaque brindille se détachant sur le fond blanc avec un relief étrange.

Mais les hivers par contre sont très désagréables, au point de vue canadien : ils sont trop doux, mais pas assez cependant pour rester avec agrément en plein air. Il arrive souvent que, durant une grande partie de la saison, il dégèle pendant le jour, et parfois même la nuit. On ne peut aller en traîneau que d'une façon intermittente et l'on se trouve souvent dans une' situation ridicule, car l'on ne peut pas toujours remplacer instantanément les glissoirs par des roues. Fréquemment, en janvier ou en février, les rues sont, pendant plusieurs jours, un bain de neige fondue.

A part quelques casquettes de fourrures que l'on arbore par une vieille habitude et, quand il fait plus froid, des pelisses, l'habillement est à peu près le même, pendant l'hiver, qu'en Europe. Les cochers, cependant, font exception ; ils portent tous de grosses fourrures, et c'est assez compréhensible. Les dames ont, depuis longtemps, abandonné les toques de fourrures, gracieuses et seyantes, qui étaient autrefois, au Canada, leur coiffure habituelle, pour le chapeau parisien ou son équivalent, fragile et gni, mais qui est loin de produire un effet aussi harmonieux au dessus des

épais vêtements d'hiver et sur un fond de neige et de glace. Il y a, toutefois, une partie de l'habillement dont ni le caprice, ni la mode ne peut permettre à personne de se passer, ce sont les caoutchoucs que l'on porte, dehors, sur les chaussures. Les trottoirs des villes canadiennes, y compris Toronto, car le dégel a peu d'action sur eux, sont, en effet, pendant tout l'hiver, comme un miroir. On ne pourrait donc marcher sans caoutchoucs, et encore, doit-on faire sérieusement attention. On s'y habitue, évidemment, mais il arrive que l'on voie même les plus vieux habitants s'asseoir tout à coup sur le trottoir, avec un air de résignation parfaite, sachant bien qu'il faut toujours s'attendre à une mésaventure de ce genre.

Au-dessus de Toronto s'étend le Queen's Park, entouré de quartiers élégants. C'est un parc ondulé et bien boisé, qui donne de l'espace et de la dignité aux deux beaux monuments qui s'y élèvent : l'Université et le Parlement de l'Ontario.

La première compte huit cents élèves dans l'Ecole des beaux-arts seulement, et presque autant d'étudiants des sciences et de médecine, parmi lesquels un certain nombre de femmes. C'est la principale université protestante au Canada : elle est d'esprit démocratique et ses frais d'inscription sont peu élevés.

Quant au gouvernement de l'Ontario, différant en cela de celui de Québec, il ne comprend pas de Chambre haute : il consiste en une Assemblée élective d'une centaine de membres, un ministère et un lieutenant-gouverneur nommé pour cinq ans. Il sera peut-être intéressant de mentionner cette particularité politique de l'Ontario que le parti libénil y est au pouvoir depuis plus de trente-cinq ans.

Les gens de loi ont leur sanctuaire à Osgood Hall,

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