‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 74 sur 135 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

vaste construction située au cœur de la ville, mais entourée d'un petit parc, et qui contient les tribunaux, les bibliothèques et bureaux des juges, et tout ce qui se rattache à la justice. L'intérieur d'Osgood Hall et celui du Parlement sont tous deux abondamment décorés de portraits de magistrats, d'hommes politiques, de lieutenants-gouverneurs et de gouverneurs généraux, qui ont été mêlés à la vie publique du Haut-Canada au siècle dernier : ces bâtiments sont assez imposants pour qu'ils puissent longtemps encore être dignes de la province malgré son développement. Les deux aspects du droit : la législation et l'application des lois, se trouvent ici réunis et on peut remarquer, en présence du nombre considérable d'hommes de loi établis dans la province, qu'ils se chargent d'un grand nombre d'affaires qui, en Europe, ne sont pas de leur ressort; il faut ajouter malheureusement que le droit, pour diverses raisons, dont plusieurs sont regrettables, est presque toujours la porte d'entrée de la carrière politique. Sans approfondir davantage cette question, nous dirons que ce qui surprend toujours un étranger, au Canada, c'est de voir le mépris indulgent avec lequel le gros des classes instruites parle, avec des exceptions notables naturellement, de la politique et des politiciens, et en même temps la manière relativement satisfaisante dont sont gérées, tant bien que mal, les affaires du pays.

Toronto se partage naturellement avec Montréal le marché ûnancier. Sa Bourse est très active ; elle a suivi le développement, encore si récent, du Canada ; inutile de dire que les affaires s'y restreignent presque e.xclusiveinent aux entreprises canadiennes ou américaines. Les journaux, dans les colonnes de bcnuse, ne cotent que quelques valeurs européennes ou africaines.

Comme l'on se demandera naturellement le champ que le Canada peut offrir aux placements ânajiciers, le moment nous paraît opportun pour en parler. Les choses ont beaucoup changé à cet égard, depuis trente ans. Il fut un temps où les grands établissements donnaient six pour cent sur les dépôts; maintenant, le revenu habituel de ces dépôts est trois pour cent, et les actions des banques comme celles de IMontréal, de Toronto, du Commerce et de la Nouvelle-Ecosse, qui versent un dividende ûxe de dix pour cent environ, se tiennent aux alentours de deux cent vingt-cinq à deux cent cinquante dollars, malgré la double responsabilité exigée par la loi canadienne. Ce fait montre bien l'absolue confiance dont jouissent les banques privilégiées au Canada. Quelques sociétés de crédit de grande réputation, comme le Canada Permanent, sont dans le même cas. Les obligations municipales ont tendance à être cotées plus haut que le revenu qu'elles offrent pourrait le faire croire, car elles constituent le placement habituel des banquiers pour les fonds de dépôt ou de garantie. Les hypothèques privilégiées, dans l'Ontario, rapportent maintenant cinq pour cent, tandis qu'il y a quarante ans, huit et neuf pour cent étaient des taux courants ; mais on ne saurait guère recommander les placements hypothécaires aux capitalistes résidant hors du pays; ce n'est pas que l'on ne doive avoir confiance dans les fondés de pouvoir, mais ce genre de prêt n'est généralement que pour quelques années et, si l'on doit recourir à la saisie immobilière, l'intérêt, réduit de huit à cinq pour cent, n'en vaut plus la peine. Les sociétés de crédit opèrent dans tout l'Ouest, où le taux d'intérêt est plus élevé; elles peuvent ainsi tirer parti d'excellentes occasions qui ne comportent nucun risque, mais dont un capitaliste éloigné ne pourrait profiter.

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