CHAPITRE IX
11 y a, naturellement, encore toutes sortes de sociétés industrielles et foncières de valeur reconnue, émettant des obligations de diverse nature, comme les chemins de fer, parmi lesquels le Pacifi.que-Cariadien et le Grand Tronc sont bien connus en Europe. On peut dire, en somme, que dans l'Est du Canada on peut placer son argent, sans risque ni ennui, à un taux variant de quatre et demi à cinq pour cent.
Les assurances tiennent, dans les affaires du Canada, une place très importante. Toronto, un des centres des compagnies, envoie des légions d'agents par tout le Dominion, jusqu'à la côte du Pacifique. 11 y a des pays où c'est en voyant leurs affiches de place en place que l'on devine leur présence, mais, au Canada, il vous arrive de voyager avec tout un compartiment d'agents d'assurance, ou de dîner dans des hôtels où la salle à manger en est pleine. 11 y a de grandes cornpagnies bien connues auxquelles les gens sensés s'assurent, mais il y en a d'autres dont les tarifs sont plus tentants, chez lesquelles s'assurent les nigauds. Il n'y a sans doute pas au Canada un homme possédant quelque bien qui ne soit assuré, non que la prudence soit une vertu nationale, mais à cause de la foule d'agents d'assurance, constamment à l'affût d'un client, et il s'en trouve toujours quelques-uns parmi vos parents ou vos amis. On ne voit pas, en effet, comment résister à des invitations si pressantes, ni quelle excuse donner à des amis qui font valoir avec insistance le devoir évident que l'on a de s'assurer et la tranquillité que cela donne à votre femme et à votre famille. Sans consulter les statistiques, on peut certainement avancer que les Canadiens sont un des [jeuples du monde chez qui l'assurance est le plus répandue.
Puisque nous nous trouvons en ce moment dans le principal centre intellectuel du Canada, disons un mot en passant de la presse canadienne. Montréal étant situé dans le Canada français, la moitié de ses journaux, parmi lesquels les deux principaux sont la Pairie et la Presse, sont français. Ses deux organes anglais, le Star et la Gazette, partagent avec les trois premiers journaux de Toronto l'honneur d'être à la tête des feuilles canadiennes. Le Globe (libéral), et le Mail and Eînpire (conservateur), depuis fort longtemps les principaux journaux de l'Ontario, sont bien rédigés et imprimés : ils ont beaucoup d'influence. Le News, qui paraît le soir, a été réorganisé sur un programme indépendant. La presse canadienne, qui comprend plusieurs autres quotidiens répandus, a une grande tâche à remplir, celle de combattre la corruption politique. Par suite du gouvernement alternatif de deux partis, les purs de chaque camp ont toujours trop de tendance à dénoncer les impurs du camp adverse seul. Si tout était vrai de ce que disent et pensent même des Canadiens éclairés et bien informés, de la politique de leur pays, elle serait vraiment dans un état alarmant. Qu'il y ait pas mal de manœuvres louches, personne ne saurait le nier, mais il faut espérer que le zèle des partis exagère souvent, et dénature parfois la conduite des chefs de leurs adversaires politiques et de leurs partisans
Le journalisme nous amène à parler de la littérature au Canada. Toronto est, naturellement, le centre intellectuel anglais du Dominion. Jusqu'ici, la production littéraire du Canada n'a pas été abondante, par rapport à sa population. C'est un pays trop jeune, énergique et affairé; de plus, les auteurs reçoivent peu d'encouragement. Enlin, les Etats-Unis y déversent le