CHAPITRE IX
trop-plein de leur production, au point d'étouffer les talents locaux sous un amas de publications, dont une bonne partie, pourtant, est sans valeur. Cependant, en littérature comme dans le reste, l'essor brus(|ue du Canada a réchauffé et stimulé ceux qui n'attendaient que le rayon de soleil de la prospérité pour s'épanouir.
Toronto possède tout un groupe de jeunes écrivains qui, avec l'appui du mouvement d'édition qui, pour la première fois, se dessine au Canada, ne manquera pas de donner l'élan nécessaire à sa littérature. Il semble, d'après l'opinion de ceux qui sont le mieux à même d'apprécier le goût du public, que la situation va s'améliorer à cet égard. On se tourne beaucoup vers l'histoire nationale, les héros et les exploits qui, au cours des trois derniers siècles, ont contribué à édifier non seulement l'Amérique du Nord, mais l'Empire britannique. On écrit de bons romans où est habilement rendue et fixée la couleur locale, qui disparaît déjà si vite. On a fait aussi beaucoup d'utiles travaux historiques.
Il est assez naturel que le sens littéraire canadien se porte surtout vers la poésie, sous l'inspiration de la nature romanesque des solitudes du nord. Il y a eu beaucoup de poètes canadiens, français et anglais ; dans la plupart de leurs œuvres, on retrouve le reflet des lacs immenses, des rivières limpides et bondissantes qui évoquent si vivement ces mystérieuses terres du Nord, dans lesquelles ils s'enfoncent. Archibald Lampman, qui mourut prématurément à Toronto il y a une dizaine d'années, est le poète le plus remarquable de ce groupe; il a laissé derrière lui un recueil d'exquis poèmes lyriques et de sonnets. Duncan Scott, son ami, qui a édité ses œuvres, M. Bliss Carman et M. Roberts, de la
Nouvelle-Ecosse, qui a fait aussi d'excellents travaux historiques, sont les poètes anglo-canadiens les plus éminents à 1 heure actuelle.
Depuis la mort de Louis Fléchette, le plus connu des auteurs canadiens français, M. W. Chapman personnifie surtout la poésie française. Ses vers, pleins d'un vif sentiment d'humanité, évoquent l'âme canadienne, le charme grandiose des paysages, la forêt, la prairie, les fleuves. Les plus connus de ses poèmes sont : Les Traversiers, Les Chasseurs de bisons, Les BûcheronSy Owontha et // nei^e.
Dans un tout autre genre, personne n'est plus populaire au Canada que le docteur Drummond, de Montréal, qui a rendu avec infiniment d'humour le caractère de l'habitant français, qu'il connaît si bien, en vers écrits dans le patois anglais que parlent les bûcherons des bords de l'Ottawa. Il y a enfin des sociétés littéraires florissantes à Toronto, et la liste des membres de la Société des auteurs canadiens contient les noms de beaucoup d'écrivains de talent et d'avenir.
Nous avons vu que la plus grande partie de la classe aisée, à Toronto et dans les grandes villes, fuit, en été, vers les forêts, les lacs, la montagne ou les bords du Saint-Laurent, pour y passer les vacances. Les premiers jours de juillet voient le commencement de cet exode. Le choix d'une villégiature est très étendu : certains vont aux plages et aux stations thermales américaines, quelques-uns partent pour l'Europe, mais ce sont les rives des grands lacs et toute la vallée du Saint-Laurent jusqu'à l'embouchure du Saguenay, ainsi que les falaises de Gaspé, qui attirent le plus de baigneurs. Toutefois, la région la plus caractéristique et la plus aimée du Haut-Canadien est la partie encore