CHAPITRE IX
non défrichée de sa province qui est réellement délicieuse, et le camping est la bonne vieille manière de jouir de son agrément.
Tout le fond du pays de l'Ontario, depuis la vallée de l'Ottawa jusqu'à la baie Géorgienne, but le lac Huron, n'est qu'un vaste lacis de cours d'eau et de lacs, au milieu de forêts sauvages, contrée trop rocheuse et trop pauvre pour tenter les colons. Des villes de Peterborough et de Lindsay on se rend directement dans l'une de ces régions; le chemin de fer d'Haliburton conduit vers une autre ; Muskoka est à l'entrée d'une troisième, la plus connue de toutes; enfin, les rivages accidentés et frangés d'îles de la baie Géorgienne forment, à eux seuls, un district.
Les lacs y sont innombrables, de toute étendue, et souvent couverts de centaines d'îles. Les célèbres Mille- Iles du Saint-Laurent, où se pressent maintenant, au grand détriment de leur pittoresque, de fastueuses villas américaines, ne sont pas uniques en leur genre, comme pourraient le faire croire les guides ou les touristes de passage, car on retrouve exactement les mêmes paysages dans tout le fond de l'Ontario. Il est vrai qu'il n'y a pas là de hautes collines ou des montagnes, comme dans la province de Québec, et qu'il résulte, par comparaison, de cette absence de relief, une certaine monotonie, mais forêts d'essences diverses, eaux calmes, cataractes et rochers, on retrouve tous ces éléments de pittoresque sous des aspects variés. Dans les endroits les plus accessibles, on a construit des hôtels, et sur des îles ou des presqu'îles solitaires s'élèvent des cottages.
Des lacs au bord desquels nous avons autrefois campé, dans une solitude complète, ovi l'on apercevait, à de rares intervalles, un primitif habitant de ce désert
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chasser en barque, ou passer un train de bois, sont maintenant remplis d'animation; des brochures illustrées leur font de la réclame à travers toute l'Amérique. Cef^endant, la liberté reste complète, et quiconque en sent l'envie peut s'enfoncer à son gré dans le désert qui s'étend au delà des régions fréquentées. Bien que les Américains y soient maintenant aussi nombreux que les Canadiens, — certains viennent, en effet, jusque de Baltimore et de Saint-Louis, — et que beaucoup y aient des villas particulières, on n'a pas à craindre l'encombrement, car, en somme, l'espace est libre jusqu'aux mers polaires. Sans parler des canards dispersés dans les roseaux, et de tout le gibier d'eau, des lois récentes, limitant le nombre de daims que chaque chasseur a le droit d'abattre, leur ont permis de se repeupler en abondance.
Les rivières et les lacs de l'Ontario ont, toutefois, ce désavantage sur ceux de Québec que, sauf quelques tributaires de l'Ottawa et de la baie Géorgienne, leurs eaux ne renferment que la bass noire et le maskinongé et non de la truite : à vrai dire, ces poissons viennent aussitôt après la truite, pour la qualité de la chair et l'agrément que leur pêche procure. C'est surtout dans les lacs que pêche l'amateur ou le professionnel ; et le procédé le plus employé consiste à pêcher en canot, avec un hameçon muni de plumes. L'ancienne manière était plus originale : le pêcheur tenait la ligne entre ses dents en pagayant rapidem.ent à travers les baies et les parties poissonneuses, maintenant l'hameçon à une quarantaine de mètres en arrière et sur la droite. On peut se figurer le choc qu'il recevait en capturant ainsi un maskinongé de dix livres.
Un charme tout particulier et une impression très rare de liberté se dégagent de la vie de campement