CHAPITRE II
Toutefois, il faut croire que Champlain ne se souciait pas de rester sous ses ordres ou de retourner encore à Québec, car, abandonnant son supérieur, il cingla vers la France.
On ne fit pas de nouvelles tentatives de colonisation dans la Nouvelle-France, juqu'au moment où Champlain organisa un établissement permanent sur la bande qui s'allonge à l'embouchure du Saint- Charles, dans le Saint-Laurent, au pied du rocher de Québec.
Champlain était un homme pratique, et, durant trente ans, sauf un court intervalle pendant lequel une troupe anglaise s'empara de Québec pour le rendre aussitôt par traité, il administra la jeune colonie avec sagesse. C'était le débouché de toutes les stations pour le trafic des fourrures, établies au loin sur le fleuve par les négociants de Rouen et de Saint-Malo. Champlain fut réellement un grand homme et on le regarde, à juste titre, comme le fondateur du Canada. Il laissa le commerce des fourrures aux trafiquants et s'employa avec énergie à étendre et à forti&er l'occupation française dans le pays. Explorateur infatigable, il traversa le désert, qui est devenu l'Ontario, et atteignit même les rivages éloignés du lac Supérieur. Envoyés par lui, des hommes de Québec traversèrent la Rivière Rouge du Nord et aperçurent dans le lointain les sommets neigeux des Montagnes Rocheuses.
En 1641, une troupe d'explorateurs à demi visionnaires et de soldats français remonta le Saint-Laurent et planta la croix et le drapeau fleurdelisé là où s'élève maintenant Montréal. Cependant, le développement de la colonie, formée surtout de missionnaires et de chercheurs de fourrures, était si lent qu'en 1661, lorsqu'on retira à la Compagnie du Nord-Ouest son privilège et
que la contrée fut officiellement acquise par la couronne, il n'y avait pas 3 000 habitants dans toute la Nouvelle-France. Ce fut alors que le jeune Louis XIV se prit d'un bel enthousiasme pour la colonisation du Canada, entreprise dans laquelle il fut remarquablement secondé par trois hommes célèbres, le ministre Colbert, le vice-roi Frontenac et l'intendant Talon.
Le régiment de Carignan, qui s'était distingué dans les guerres, fut récompensé par des concessions de terre au Canada : presque tous les hommes et la plupart de leurs officiers saisirent l'occasion, s'embarquèrent pour Québec et s'établirent aux alentours de la ville. On divisa le pays, d'après le système féodal, en seigneuries, étroites bandes de terre aboutissant au fleuve : les officiers devinrent les seigneurs et leurs soldats, leurs vassaux. L'émigration civile fut répartie de la même façon et l'on créa une noblesse, composée en partie de gens de naissance, en partie de ceux qui purent, d'une façon ou d'une autre, acquérir un privilège. Il fallait maintenant leur trouver des femmes : le jeune roi se montra à la hauteur des circonstances; il prit même un très vif intérêt personnel à toute l'affaire. On expédia à destination du Canada des cargaisons de jeunes filles accompagnées de religieuses, et Québec devint un véritable marché matrimonial officiel, sous les auspices de l'Eglise et dirigé de la façon la plus correcte. Il était même si bien approvisionné qu'il y avait des femmes pour tout le monde : les célibataires qui ne se mariaient pas étaient l'objet de la disgrâce royale; une abstention persistante était punie par des vexations, tandis que, pour récompenser les autres, on accordait des largesses aux chefs de nombreuses familles. Des ordres religieux pleins d'enthousiasme s'établirent à Québec ; grâce à des donations