CHAPITRE II
pieuses venues de France furent alors fondées des institutions qui sont encore prospères et puissantes à l'heure actuelle. Laval, premier évêque de Québec, par exemple, fonda le collège qui, devenu une grande université possédant d'immenses domaines, porte encore son nom.
Pourtant, malgré l'ardeur du jeune roi, la colonie ne prospérait pas. Le système féodal ne supporte pas d'être transplanté dans un pays neuf, oi^i l'on a de la terre en abondance et à bon marché, et surtout lorsqu'elle est couverte de forêts sauvages que le premier occupant doit défricher au prix d'un grand labeur. Les revenus domaniaux des seigneurs étaient généralement inûmes. La noblesse, pauvre et déguenillée, dans des manoirs primitifs et médiocres, ne vivait guère mieux que ses tenanciers. Aussi préféraitelle la vie libre des bois, la chasse, l'exploration et le trafic des fourrures, bien que prohibé depuis qu'il était devenu privilège de la couronne. Mauvais fermiers, ces nobles étaient d'admirables chefs de bandes quand il fallait attaquer les Indiens ou les Anglais. Braves, intrépides même, familiers avec toutes les ruses de la guerre des bois, ils possédaient aussi la confiance entière de leurs partisans qui en savaient assez pour apprécier leurs qualités.
Mais le moment allait venir où un ennemi plus dangereux que les Iroquois eux-mêmes allait éprouver leur valeur. Les Anglais et les Hollandais avaient toujours fourni des armes aux ennemis de Québec, et, à la fin du dix-septième siècle, les frontières de la Nouvelle-Angleterre s'étaient beaucoup trop rapprochées du Canada au gré de ses gouvernants ; le comte de Frontenac, fameux et bouillant soldat, qui venait d'être nommé gouverneur, résolut de donner aux Anglais
l6 LE CANADA
une série de leçons qui les écarteraient des territoires voisins du Canada. 11 lança alors des bandes faisant la petite guerre : les uns après les autres, les établissements anglais proches de la frontière furent incendiés et leurs habitants massacrés. La Nouvelle-Angleterre envoya en représailles Sir William Phips, qui remonta le Saint-Laurent avec ime flotte et trois mille hommes et mit le siège devant Québec. Il y eut de vifs engagements sur le rivage : la tentative de ces soldats anglais encore mal formés échoua, mais les gens de Québec en furent très effrayés pendant longtemps : ils élevèrent l'église du Bon-Secours, que l'on voit encore dans la ville basse, en témoignage de gratitude de leur délivrance.
Le commerce des fourrures, monopole royal, était très florissant, mais l'agriculture faisait peu de progrès. Pourtant, la colonisation s'étendait peu à peu le long du fleuve de Québec à Montréal et en aval, sur la rive méridionale, sur plus de 150 kilomètres. Les descendants du régiment de Cangnan et des Filles du Roy, comme on les appelait, étaient une race solide, d'origine normande ou bretonne pour la plupart, et, bien qu'un grand nombre se fût répandu dans les bois pour y jouir d'une vie plus libre, il en restait assez sur place pour défricher progressivement le bord du fleuve et pour faire espérer que le pays revêtirait plus tard l'aspect prospère qu'il porte aujourd'hui.
La première moitié du dix-huitième siècle vit se dérouler beaucoup d'incidents à Québec, mais nous ne pouvons nous attarder à leur récit dans cet ouvrage. Les gouverneurs et le clergé envoyés de France, contrairement à ce qui se passait pour les colonies anglaises, étaient souvent des hommes de valeur et presque toujours pleins de zèle. L'Eglise étendait de