‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 80 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

beaucoup de colons. La tentation de s'y aventurer

était très forte, mais l' opinion générale était que les cultivateurs resteraient longtemps sans pouvoir faire transporter leurs grains, sans compter qu'ils auraient beaucoup de difficulté à se transporter euxmêmes là-bas, avec leurs biens, pour s'y établir.

Mais tout cela est déjà de l'histoire ancienne ; nous n'avons, actuellement, qu'à faire notre choix entre deux routes que nous offre le C. P. R. : le chemin de fer ou le bateau. En été, le touriste avisé, au lieu de faire le parcours par terre, prendra de prélérence la route des lacs; quittant Toronto par le train correspondant au bateau, il arrive a Owen sound, sur la Daie Géorgienne, après un trajet de trois a quatre heures.

Le train le dépose immédiatement le long d'un des grands vapeurs du C. P. R., qui font le service sur les lacs Supérieur et Huron, affrontant le caractère difhcile de ces deux mers intérieures. Ce sont de vrais paquebots, disposés comme les vapeurs qui circulent sur les rivières américaines : le salon, sur le pont principal, occupe toute sa longueur, avec un étroit couloir tout autour; les cabines de première s'y ouvrent, et un pont-promenade recouvre le tout. Les paquebots du C P. R. contournent l'archipel qui borde la côte orientale du lac Huron. Nous traversons ensuite l'extrémité supérieure de ce dernier, pour nous engager entre les îles dans la direction du Sault Sainte-Marie, que l'on atteint en quatorze ou quinze heures. La navigation a toujours été très active sur le lac liuron ; son extrémité nord conduit, par le détroit de Mackinaw, au lac Michigan, cette autre mer intérieure qui compte Chicago parmi ses ports. Les grains et les bois forment, naturellement, la principale cargaison des vapeurs et

des schooners qui sillonnent ces eaux dangereuses.

Autrefois, les vaisseaux qui faisaient le service d'un port à l'autre dans cette région avaient une réputation détestable. A en croire les habitants de ces ports, qui devaient pourtant savoir à quoi s'en tenir, les vapeurs du lac Huron n'avaient qu'une durée très éphémère, durée dont ils exagéraient peut-être la brièveté à plaisir. Il est probable que les armateurs étaient souvent à court de capitaux; en outre, il n'y avait aucune surveillance. En&n, la démarcation entre un amateur et un vrai matelot d'eau douce est souvent fort imprécise, même lorsque cette eau est immense et sujette à de violentes tempêtes. Les 'bateliers venus des autres lacs n'étaient pas toujours capables de naviguer sur ces mers intérieures; ces gens ne sont pas non plus renommés, en général, pour la prudence ou le manque de confiance en soi : on ne craignait pas de dire que les équipages des voiliers et des vapeurs qui sortaient de la baie Géorgienne étaient souvent com-

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