‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 82 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

cinquièmes, et l'on fabrique, en outre, avec elle, quantité d'autres articles comme des roues de wagons, des seaux, des bateaux et des boutons.

On avait détaché, il y a cent soixante ans, à côté de là, à Michillimackinac, un poste- frontière de soldats anglais : l'on se demande ce que devaient penser de cet exil les troupiers d'alors, avec leurs tricornes, leurs queues de rat et leurs hautes guêtres. Il n'est guère probable que le voyageur, assis sur le pont du paquebot, songe à ces souvenirs, tandis que s'effectue le passage d'une écluse à l'autre, ou tout en se promenant sur les quais, pendant les deux ou trois heures d'arrêt. Tout palpite de vie et d'agitation autour de lui, mais il n'a pas le temps, à moins d'y séjourner un peu, de regarder les merveilles industrielles du Sault accumulées sur ses deux rives américaine et canadienne.

En sortant de Sault Sainte-Marie, on se trouve bientôt en plein lac Supérieur, à cinq cents kilomètres de Thunder Bay et des deux ports jumeaux : Fort William et Port Arthur, situés à l'autre extrémité. Pendant une grande partie du trajet, on se trouve complètement hors de vue de la terre et, si le temps est mauvais, on se rend compte de l'immensité de cette mer d'eau douce. Le lac Supérieur peut déchaîner, s'il lui an prend la fantaisie, des tempêtes aussi violentes que celles de la Manche et envoyer ses lames, dans ses moments de colère, par-dessus les ponts d'un paquebot de deux mille tonneaux. Parfois, tous les bateaux, grands ou petits, courent se réfugier dans les ports naturels qui découpent la côte; d'autres fois, on le traverse au milieu d'un brouillard, aussi intense que ceux des bancs de Terre-Neuve, percé par le son rauque des sirènes.

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Par un beau temps, le coup d'oeil du Thunder Cape (cap du Tonnerre), qui garde l'entrée de la baie du même nom et s'élève à. cinq cents mètres au-dessus des vagues, est d'un effet imposant. Des îlots couverts de bois rabougris se détachent à droite, tandis qu'à gauche l'étroite Isle Royale, inhabitée, quoique longue d'une soixantaine de kilomètres, déroule les ondulations verdoyantes de ses forêts. Thunder Bay est un bel hémicycle de collines dénudées, qui descendent jusqu'au bord de l'eau; elle est gardée d'un côté par le Cap, qui forme un véritable précipice vers l'extérieur, et de l'autre par des hauteurs rocheuses presque aussi élevées.

Dans la courbe de la baie sont situées deux villes avec chacune leur port, à moins d'une dizaine de kilomètres l'une de l'autre : Port Arthur, s'étageant sur la colline; Fort William, dans le fond, à l'embouchure de la Kaministiquia. Le fort, bâti en 1800, était autrefois la principale station de la grande compagnie de fourrures du Nord-Ouest, de Montréal. A l'intérieur et autour de ses murs se réunissaient des centaines d'Indiens et de métis de l'Ouest, avec leurs peaux et leurs fourrures. Il était solidement fortifié et occupé par une véritable garnison d'employés. Les vieux journaux de la Compagnie relatent les fêtes joyeuses que l'on y organisait alors, à Noël, et en d'autres occasions : directeurs, commis, employés de toute sorte s'amusaient comme une bande de collégiens débridés. Dans la grande salle à manger, longue de vingt mètres, ornée des portraits des nababs du Nord-Ouest, l'alcool coulait à flots; puis tous s'asseyaient par terre, les ims derrière les autres, agitant pincettes, pelles et balais comme des pagaies, faisant semblant de traverser des rapides imaginaires en hurlant des chansons

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