‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 83 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de bateliers des grands bois, pendant qu'un cercle d'Indiens, de métis et de chasseurs de fourrures les regardaient avec étonnement et admiration.

Fort William a perdu tout vestige de ces vieux temps. Là où des schooners attendaient leur chargement de pelleteries, de grands vapeurs reçoivent dans leurs flancs les blés du Manitoba. Port Arthur, dispersé sur le versant de la colline, est plutôt la ville 011 l'on habite, et le coup d'ceil qu'il offre du lac ou du haut de ses rues est pittoresque. Il est très curieux de voir ces deux villes, de huit mille âmes chacune, avec toute l'activité et l'importance de grandes cités, sans qu'aucune région en dépende directement, et bâties dans un amphithéâtre de collines d'aspect stérile, que recouvre un manteau de pins, de cèdres et autres résineux.

Mais toute cette région nord-ouest de l'Ontario a réussi à attirer l'attention : on l'a dénommée Nouvel Ontario, et des quantités de cartes, de photographies et de statistiques ont démontré non seulement sa richesse au point de vue des minéraux et du bois, car tout le monde l'avait déjà reconnue, mais prédit son avenir agricole, que l'on ne soupçonnait guère il y a quelques ajinées, et vanté ses gisements d'or. Aussi, des centaines de colons se sont répandus dans ses divers districts, où l'on retrouve les couches d'argile profondes et de terre grasse du vieil Ontario. Le Nouvel Ontario a maintenant sa valeur propre dans l'économie rurale du Canada. On avait autrefois l'habitude, lorsqu'on voulait se figurer en gros le Dominion, de penser d'abord au Canada français, puis à l'Ontario, dont nous avons décrit la richesse et la force; on sautait ensuite vers l'ouest, au Manitoba, en se représentant les régions de la prairie, converties en immenses

champs de blé à l'approche dés Montagnes Rocheuses; puis la contrée des élevages avec ses pluies moins abondantes; enân, la montagneuse Colombie britannique, bordant le rivage du Pacifique. C'est le panorama qu'évoquait dans la pensée le nom du Canada, dans les vingt-cinq dernières années du dix-neuvième siècle.

Mais il a fallu modifier ces notions un peu vagues. Une grande région fermière s'étend maintenant, pai morceaux et par bandes, au nord du lac Supérieur et vers le Manitoba; elle s'avance toujours. D'immenses surfaces de terres fertiles attendent la hache du colon ; en même temps une source de revenus nouveaux est entrée en ligne de compte : le bois, devenu plus rare, se vend mieux maintenant, et surtout le développefnent extraordinaire de l'industrie de la pulpe a ouvert un débouché à différentes essences qui, jusqu'alors, étaient considérées comme sans valeur.

Le Nouvel Ontario, qui, il ne faut pas l'oublier, n'est qu'un district et non une province, s'étend en longueur du lac des Bois, sur la frontière du Manitoba, jusqu'à la Imiite occidentale de la province de Québec, soit sur une distance de quatorze cents kilomètres à vol d'oiseau; sa largeur moyenne, du nord au sud, est de trois à six cents kilomètres.

Lorsque l'on se rend à Fort William en empruntant sur tout le parcours la voie ferrée, on pénètre dans le Nouvel Ontario à North Bay, petite ville sur le lac Nipissing, dans une région renommée pour ses exploitations forestières et ses ressources pour la chasse et la pêche. La ligne traverse ensuite un désert de rocs et de lacs, des étendues immenses de forêts de pins, de tamaracks et d'épinettes, que les incendies ont souvent dévastées au point de ne laisser que des kilomètres de troncs dépouillés et noircis. Dans le silence

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