CHAPITRE X
années, un tort considérable aux campagnes et aux villes.
L'immigration, composée surtout de colons des provinces de l'Est, d'Anglais et d'Européens orientaux, était régulière, mais lente, pour un pays neuf et notoirement fertile. Beaucoup d'arrivants, impropres au défrichement, étaient obligés de se retirer; la fréquence des gelées précoces, que la colonisation a, depui?, beaucoup diminuée, était un vrai fléau. Tout le détail de l'exploitation était à apprendre, même pour les Canadiens. Beaucoup de colons se découragèrent ; les petites villes ne s'accroissaient que très lentement; le prix du blé baissait. Peu à peu, cependant, les temps devinrent meilleurs. La terre restait toujours très fertile; les hivers paraissaient moins rudes, maintenant que les fermes étaient mieux bâties et bien chauffées; l'extension de la culture diminuait aussi leur rigueur. Il ne se faisait pas de grosses fortunes sensationnelles, mais (les milliers de gens gagnaient tranquillement une modeste aisance, et la production du blé devenait considérable.
Il y a une dizaine d'années, enfin, le monde entier commença à se rendre compte que le Nord-Ouest du Canada, avec ses terres incomparables, son climat sain et supportable après tout, allait devenir le grenier universel. Des fermiers américains, riches et expérimentés, arrivèrent en nombre de plus en plus grand et y firent d'excellentes affaires. L'impression générale se modifia au Canada et en Angleterre, et Wmnipeg, n'ayant pas de rivale, prit sa part de ce développement et de cette prospérité : c'est maintenant une belle ville de cent quinze mille habitants. Ses rues, qui étaient naguère, par les mauvais temps, des fondrières de terre noire, sont, maintenant, de larges voies asphaltées,
bordées de belles constructions de grès et de brique, parcourues par un service perfectionné de trams électriques.
Les plus beaux monuments sont, avec l'hôtel de ville, l'Université du Manitoba et le Parlement de la province. Les magasins sont bien installés; les grandes banques privilégiées sont en évidence, logées dans des constructions massives et assez élégantes. Les hôtels, par contre, en dehors de celui du C. P. R., ne sont pas dignes de la ville. D'une façon générale, d'ailleurs, les hôtels du Nord-Ouest sont encore assez voisins de leur état rudimentaire d'autrefois. La clientèle y est d'un aspect plus rude que dans les établissements analogues de Toronto ou de Montréal ; la société ne diffère pas sensiblement, à Winnipeg, de celle d'autres villes canadiennes, mais, dans les meilleurs hôtels, on se trouve en contact avec des gens aux vêtements non seulement rustiques, mais sentant fortement le fourrage et les champs, ce qui, d'ailleurs, n'est que naturel au centre d'une région agricole.
Les quartiers d'habitation de Winnipeg s'éparpillent dans toutes les directions sur la prairie, entre des avenues bordées de gazon soigné et de rangées de jeunes érables ; les mieux situés se trouvent sur les rives assez hautes de l'Assiniboine; c'est le seul endroit relativement un peu pittoresque de cette ville si prosaïquement établie. Toutefois, les gens aisés se sont logés, jusqu'ici, avec beaucoup de simplicité. Des maisons confortables, mais plutôt petites, en bois ou en brique blanche, entourées, selon l'habitude, de pelouses ombragées, satisfont jusqu'à présent les goûts de la plupart. Peut-être la terreur du manque de domestiques influe-t-elle sur les dimensions des constructions.
La partie la plus pauvre de la ville est la grande rue