‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 87 sur 135 · CHAPITRE X i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X i

qui conduit à la gare. Elle n'est bordée que de boutiques de troisième ordre, généralement en bois, et leur aspect produit une impression désagréable sur le voyageur qui arrive pour la première fois dans la capitale de la prairie.

La gare si importante de Winnipeg laissait aussi, jusqu'à ces dernières années, beaucoup à désirer, si l'on songe que les grands trains s'y arrêtent deux ou trois heures; mais elle vient d'être reconstruite sur de vastes proportions; elle est peut-être la plus intéressante de tout le Canada : c'est là, en effet, que débouche le flot incessant de l'émigration sur le sol de la prairie. On voit se mélanger sur le quai, dans leurs costumes variés, et au milieu d'une vraie confusion de langues et de patois, Anglais, Irlandais, Ecossais, Canadiens anglais et français, Islandais, Galiciens, Hongrois, Mennonites, Doukhobors, Norvégiens et Italiens.

Au commencement de l'automne on voit circuler, en outre, quantité de moissonneurs de toute nationalité, depuis des Galiciens jusqu'à des écoliers anglais, sans compter tout le mouvement habituel de la capitale active d'une province très active. C'est un point unique d'observation pour étudier la nature humaine et les types nationaux, surtout si l'on songe que la plupart de ces gens se trouvent au moment critique de leur existence. Près de la gare, on voit les bureaux des agences d'émigration du C. P. R. et du Dominion, dont les employés, remarquables par leur obligeance infatigable, rendent toute espèce de service aux émigrants en quête de terres ou de travail.

Il ne faut pas quitter Winnipeg sans aller voir la porte du vieux fort Garry et le faubourg de Saint- Boniface, avec son église du même nom. L'antique

porte de pierre se dresse au milieu d'un carré de gazon, à l'endroit où la Grande Rue se rapproche de l'Assiniboine : elle forme un curieux contraste avec le milieu de vie moderne intense qui s'agite autour d'elle. Saint- Bonif ace se trouve de l'autre côté de la Rivière Rouge, relié à la ville par un pont à péage : c'est un faubourg important, habité surtout par des Français et des métis. La vie, comme on peut se l'imaginer, y coule plus calme que dans la cité. Une église moderne s'élève sur l'emplacement de la vieille cathédrale catholique brûlée il y a quarante ans, entourée d'im grand cimetière ombragé. En voyant cette église, on songe naturellement aux espoirs et à l'ambition qu'avait formés l'Eglise franco-canadienne, il n'y a pas un si grand nombre d'années, de fonder une nation française dans le Nord-Ouest, entre la Rivière Rouge et les Montagnes Rocheuses, sous le gouvernement de son clergé. Ce projet paraît maintenant fantastique, surtout aux yeux de l'Anglais pratique moderne, mais il n'en est pas moins vrai que l'Eglise canadienne y pensait sérieusement il y a vingt-cinq ans, et que la lutte sur la question des écoles du Manitoba, se rattachant à ce projet, occupait même la presse anglaise à cette époque.

Au nord de la ville se trouve encore une relique du passé : la cathédrale anglicane de Saint-Jean. Ce n'est qu'une petite et simple église de campagne, sans clocher, bâtie dans la première moitié du dix-neuvième siècle, pour le diocèse qui se fondait alors dans la région. Son grand cimetière est agréablement ombragé d'érables et de frênes; on y éprouve une impression de repos et de recueillement. Dans le gazon sont dispersées en grand nombre des tombes de rudes Ecossais, qui servirent, autrefois, la Compagnie de la baie d'Hudson ; la gelée, sans doute, les a effritées et ren-

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