CHAPITRE XI
La prairie. — Portage-la-Prairie. — Brandon. — La chasse dans le Nord-Ouest. — Souris. — Une excursion en voiture dans la prairie. — Colons prospères. — Les dimensions des fermes dans le Maniloba. — Le problème de la récolte ininterrompue. — Conditions favorables au blé. — La terreur des premières gelées. — Le soir dans la prairie.
En sortant de Winnipeg, on se trouve aussitôt en présence, pour la première fois, de la vraie prairie : de tous côtés s'étend la plaine sans limites. On ne voit plus, aux alentours, de culture soignée, de villas et de fermes de luxe, comme il s'en trouve généralement près des villes nord-américaines, car la prairie, presque à l'état naturel, arrive jusque autour de la ville. Pendant des kilomètres, il semble que la fenaison et le pâturage soient la seule industrie agricole • on ne voit sur la plaine que meules de foin et troupeaux de vaches laitières, avec, de place en place, une habitation primitive ou une grange rudimentaire. Des marécages d'eau brtinâtre, pleins de roseaux, viennent parfois baigner la voie ferrée; des bandes de corbeaux et de merles passent à l'horizon, et la grosse alouette d'Amérique s'envole des herbages au roulement du train. Des chemins noirâtres s'allongent comme une ligne droite au travers d'étendues infinies, vertes et brunes, qui, sans être réellement sauvages, ont un aspect étrange, par l'absence de mouvement et de vie. En approchant de Portage-la-Prairie, la scène change : c'est, en effet
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l'un des cantons les plus riches du Nord-Ouest. Les prés immenses, les cabanes provisoires, font place aux champs bien cultives de blé et d'avoine, couverts de tiges serrées. De place en place, des clôtures soignées divisent les champs; des routes larges et entretenues, bordées de deux fossés profonds et de clôtures, croisent la voie; des fermes importantes et rapprochées se succèdent le long de la ligne ou dans la plaine; ce sont de vastes habitations, souvent en brique, comme celles de l'Ontario, munies d'une pompe élévatoire américaine, avec une grange peinte et de grandes dimensions.
Le district de Portage-la-Prairie est renommé par sa fertilité, même dans une région si fertile. Trente années de récoltes n'ont pas appauvri sa terre noire et profonde, dont la valeur a toujours augmenté. Portage a une population d'environ cinq raille habitants; c'est un grand marché de blé, avec des moulins à farine et quelques petites usines. C'est aussi une gare assez importante, car, outre la ligne Minnedosa-Yorkton du C. P. R. qui se dirige vers le nord-ouest, le Nord-Canadien, dont on attend de si grandes choses, s'en détache dans la direction de la vallée de la Saskatchewan; un peu plus au nord, un petit embranchement pousse jusqu'à l'extrémité sud du lac Manitoba.
Le long de la ligne principale du C. P. R., les immenses champs de grains s'étendent de tous côtés, à perte de vue, mais il ne faudrait pas croire qu'ils sont totalement dépourvus de variété ou que le pays est absolument plat. A la un de la moisson, l'immense panorama qui se déroule est extrêmement animé. Certains champs sont couverts de meules, dans d'autres, la récolte est encore sur pied ; la verdure des jachères,