‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 92 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tions, à leur arrivée. Voici, par exemple, une ferme appartenant à une famille anglaise du Kent : se dressant au milieu de longues étendues ondulées de chaumes, de pâturages et de grasses jachères, leur maison est maintenant presque cachée par des bouquets et des allées d'érables, de pins déjà grands et d'épinettes.

On retrouve, à chaque pas, cet agréable tableau dans la prairie, et ceux qui ont négligé, autrefois, d'abriter et d'orner ainsi leurs demeures, imitent maintenant, quoique tardivement, cet exemple. La grange, étable et grenier réunis sous le même toit, est toujours vaste et bien établie : quoique de structure un peu différente, elle figurerait avec avantage à côté de celles dont l'Ontario est justement âer. L'aspect en est un peu uniforme, car toutes sont peintes du même brun rehaussé de lignes de blanc, mais faut-il adresser à une ferme de la prairie un semblable reproche ?

Les fermes un peu importantes ont leur propre batteuse, et l'un des fi.ls, généralement, a appris à diriger la machine. Des chariots apportent le blé sans relâche. On ne balaie pas la paille de dessous la batteuse, car celle-ci la coupe en petites tiges qu'elle projette, avec une grande force, par un tuyau : elles tombent à quelque distance et s'y accumulent en tas. On n'a pas à alimenter à la main la batteuse : les gerbes passent directement du chariot dans la machine. Le grain glisse par des tubes dans des camions-réservoirs, ce qui évite l'emploi de sacs et épargne le travail de les fermer. De là, le blé est transporté directement aux élévateurs de la ville ou à la gare la plus voisine.

Les dimensions courantes d'une exploitation manitobaine sont d'un demi-lot, soit environ 130 hectares. L'expérience a démontré que c'est là la surface qui

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convient à un fermier de ressources moyennes, pour l'occuper lui-même. On arriverait peut-être à vivre sur un quart de lot, mais ce serait tout. D'ailleurs, il n'y a pas de désavantage à laisser en friche une partie de son terrain; s'il est enclos, cette réserve constituera de bons pâturages jusqu'au mom^ent où il faudra la défricher. Les impôts sont bas, et plus tard quand le fermier voudra étendre ses opérations, il trouvera là son terrain, acheté à bon compte, sans avoir à attendre pour cela le moment où il pourra en trouver chez ses voisins, à un prix beaucoup plus élevé.

Le fermier manitobain aisé se considère maintenant, et non sans quelque raison, comme digne de l'envie de ses confrères. Il travaille, naturellement, extrêmement dur à certains moments, et, lorsque arrive brusquement le dégel, il n'a pas à perdre une minute, mais sa terre est beaucoup moins pénible à labourer et n'exige pas, au défrichement, de gros travaux d'abatis. Quand le blé et l'avoine sont enfouis, il n'est plus très pressé jusqu'en septembre, mois où la moisson devient la grande affaire. Il n'a pas de maïs à planter, SI ce n'est mi peu, comme fourrage, pas de trèfle à ensemencer sur son grain ; il ne plante guère de navets. On a essayé de semer du blé à l'automne, comme dans l'Ontario et en Europe, et avec quelque succès, mais, en général, il ne tombe pas assez de neige sur la province pour le protéger de la gelée intense.

Une question se présente naturellement à l'esprit : dans quelles limites ces terres de la prairie, avec toute leur richesse, peuvent-elles donner une récolte ininterrompue ? On trouve des terrains de composition et de profondeur variables, dans le Manitoba, mais on peut dire qu'en général, on ne leur donne du repos que l'été, quand on les met en jachère. Les gens

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