‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 93 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

peu au courant de la culture dans ces régions suggéreront l'emploi du fumier de ferme. Ils déplorent aussi de voir les fermiers brûler la paille en feux de joie, qui font flamboyer le ciel dans toutes les directions, aux premiers soirs de l'automne. Il est vrai que ron fait de plus en plus de la culture mixte dans le Manitoba, mais ce qui y attire précisément le petit capitaliste, c'est l'immense étendue de blé que l'on peut faire pousser par ses propres moyens, avec des ressources restreintes.

Cette catégorie très répandue de cultivateurs ne pourrait entretenir et nourrir sur des prés le bétail nécessaire, et faire pousser le fourrage pour l'hiver; d'ailleurs, que faire avec quarante ou cinquante charretées d'engrais ? On couvrira peut-être deux hectares. Qu'est-ce que cela, sur une étendue de cent ou cent cinquante hectares, sans parler du temps passé à ce travail. Et dans quelles proportions le rendement sera-t-il amélioré ? Le fermier, qui sait à quoi s'en tenir, n'emploie pas de fumier. N'est-il pas, d'ailleurs, assez curieux de constater que l'une des meilleures années a été 1902, après trente ans de récolte continue; et pourtant, il est certain que le sol ne peut supporter une récolte indéfinie; beaucoup de terrains moins forts, dans la province, ont déjà donné des signes de fatigue dont on s'est avisé pour les ménager. Le trèfle pourrait contribuer, dans une grande mesure, à résoudre le problème, car, non seulement il repose les terres usées, mais il leur rend leur force première. Malheureusement, le trèfle ne réussit pas au Manitoba ; il ne supporte pas les gelées, et on n'en rencontre guère dans les champs.

Il est certain que, dans un avenir encore assez éloigné du reste, la réduction de l'étendue des fermes permettra aux méthodes rationnelles de culture d'entrer dans

la pratique; mais allez donc tenir ce langage à un homme qui possède un demi-lot d'excellente terre à blé. Il s'écoulera encore bien du temps avant que la moyenne des fermiers manitobains prenne son parti et trouve le temps d'entretenir assez de bétail pour fertiliser soixante hectares de blé.

Il ne s'ensuit pas toujours que le blé, semé dès qu'on peut travailler la terre, devienne le meilleur, quelque courte que soit la saison. Dans tout le Canada, le passage de l'hiver à l'été, car le printemps compte à peine, peut causer de désagréables surprises. Mais une fois la saison commencée, tout, dans le Manitoba, jaillit comme les flammes d'un brasier. Le sol gelé profondément, sous la couche où se trouve le blé, alimente constamment d'humidité la jeune plante. La chaleur solaire, en comparaison des autres régions de l'Amérique du Nord, est bienfaisante plutôt qu'intense, modération que le blé apprécie comme Têtre humain. De plus, la longue durée des jours dans ce climat septentrional contre-balance la brièveté de la saison de croissance : il en résulte le meilleur blé qui soit au monde. Il y a, évidemment, des années de mauvaise récolte, mais il ne faut pas perdre de vue que dans les Etats américains du Nord-Ouest, comme l'Iowa, le Nébraska ou le Dakota, que l'on considère comme les Etats du blé par excellence, la récolte fait parfois complètement défaut. Plus l'on monte vers le Nord, meilleur est le blé, et il semble qu'il n'y ait d'autres limites à sa culture que celles où la vie humaine est possible, et où l'on échappe, relativement, aux caprices des gelées.

Les gelées précoces, se produisant généralement dans la première semaine de septembre, étaient autrefois la terreur du Manitoba. Elles sont beaucoup moins fréquentes depuis une dizaine d'années : l'extension de la

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