‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 95 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les commis-voyageurs canadiens. — Villages dans la prairie. — Mennonites et Doukhobors. — L'exode des Doukhobors. — La colonie galloise. — Sociétés américaines de colonisation. — Colons américains et fermiers canadiens. — Ce que racontent les journalistes américains sur le Canada.

Il ne faut pas, toutefois, que le lecteur reste sous cette impression que le Manitoba ne produit que du blé. La laiterie y est, dans ses différentes parties, très active. On y trouve, en effet, plus de soixante crémeries et fromageries, et une école spéciale, établie depuis des années à Winnipeg, attire un nombre toujours croissant d'élèves. L'herbe de la prairie est un excellent pâturage d'été, et, comme fourrage d'hiver, outre le foin, on peut faire pousser le maïs en quantité pour le conserver dans des silos, ces précieux auxiliaires du fermier canadien.

La province renferme aussi des gisements de houille assez importants, et, dans le Sud-Ouest, des mines sont depuis longtemps en exploitation ; enfin, le bois de chauffage est assez bon marché, ce qui est bien naturel, étant données son abondance et la facilité de transport.

Le Manitoba a une superficie à peu près égale à celle de l'Angleterre; sa population, qui atteint presque un demi-million, augmente rapidement. La majeure partie de son sol est fertile, mais l'on se figure assez, au dehors, qu'elle est déjà complètement occupée. En réalité, il

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reste encore beaucoup de bonne terre disponible et à proximité des voies ferrées, bien que la plupart des nouveaux colons se portent vers les territoires plus neufs du Grand-Ouest qui leur paraissent, avec plus ou moins de raison, préférables. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue les avantages que comportent la situation centrale du Manitoba, la richesse de ses terres, que rien ne dépasse dans le Nord-Ouest, la régularité du régime des pluies, enfin, avec des hivers relativement supportables, la merveilleuse abondance de son blé.

Le Manitoba dépend encore, en grande partie, du Canada oriental, pour l'achat des produits manufacturés; mais, de même que l'Ontario a diminué son importation de produits européens, par suite de sa production croissante, le Nord-Ouest se fournira de plus en plus lui-même, au détriment de ce que l'Ontario et l'Europe y importent actuellement. En attendant, on rencontre partout des voyageurs de commerce de Montréal et de Toronto; leur activité est extraordinaire dans tout le Nord-Ouest. A certains moments, on ne voit qu'eux, pour ainsi dire, dans les trains et sur les bateaux, ainsi que dans les hôtels. On les rencontre aussi sur les chemins de la prairie, menant bon train leurs buggies, avec la hâte insouciante des gens qui conduisent des chevaux de louage. Ce sont surtout des jeunes gens, rompus plutôt par nécessité que par goût, car ils appartiennent presque tous aux villes de l'Est, à tous les expédients auxquels il faut recourir pour voyager vite dans des régions à demi sauvages. Ce sont tous des garçons assez agréables, très intelligents, d'un grand sang-froid, très à leur affaire, âgés de vingtcinq à trente-cinq ans; ils vous laissent l'impression, généralement justifiée, qu'ils traversent simplement une

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