CHAPITRE XII jgg
phase temporaire de leur existence et que, s'ils ne sont pas déjà parents ou associés de négociants, ils s'établiront certainement plus tard à leur compte.
Le voyageur canadien est toujours très élégant, son linge est immaculé, et ses vêtements sont à la dernière mode. Il a tendance à être très exubérant, et il a toujours cette voix aiguë, agrémentée de l'accent américain, qui caractérise ses pareils et toute sa génération, dont le langage et le ton sont déjà si différents de ceux des personnes d'un certain âge. Ils ont un aspect uniforme et semblent tous absolument clichés. Du reste, le Canadien moderne craint toujours de se distinguer et d'attirer l'attention par son langage, ses idées ou ses vêtements : il en résulte, dans les jeunes générations, une certaine monotonie d'aspect, ce qui ne les empêche pas d'avoir, à l'occasion, par suite de leur éducation, l'esprit prompt et très débrouillard.
Le commis-voyageur canadien est tenace : il a un but bien net dans la vie qui est à.\irnver, sans toutefois être dévoré par cette passion, comme on l'est aux Etats-Unis. Du reste, c'est généralement un chasseur ou un sportsman. Quand il a un moment de loisir, dans ses tournées à travers la prairie ou les grands bois, il est toujours prêt à brûler quelques cartouches ou à manier la ligne ; sa conversation roule sur les matches de football, de hockey, de lacrosse et de baseball, quand il n'est pas lui-même un vétéran.
Toute cette description paraîtra peut-être un peu disproportionnée avec son objet, mais, au Canada, le commis-voyageur, sous ses différents aspects, est un personnage très important et, en tout cas, une silhouette très caractéristique, qui mérite qu'on s'y arrête.
Au point de vue affaires, malgré sa grande activité.
le voyageur de commerce de l'Est rencontre, dans l'Ouest, une concurrence locale de plus en plus grande. En effet, en dehors des industries qui se rattachent à ses produits particuliers, la farine de blé et d'avoine, les conserves de viande, Winnipeg fabrique déjà des machines en tous genres, du savon, des cigares, des sacs à grains, des tentes, des matelas, de la sellerie, des biscuits, de la bière, des briques ; il construit des voitures et des charrettes et produit quantité d'autres articles. Les autres villes suivent cet exemple, et leurs débouchés s'accroissent sans cesse.
En allant de Brandon vers l'Ouest, on voit se dérouler constamment le même panorama de prairie ondulée, coupée de cours d'eau, semée de bourgs et de villages.
Dépeindre ce pays, ce serait reprendre la description de ce que nous avons vu entre Portage et Brandon. Pendant des heures et des heures, ce sont les mêmes aspects de paysage et les mêmes détails qui se succèdent à la vue. Ici, des collines ondulées; plus loin, des prairies presque unies, couvertes d'étendues de chaume où les charrues aux attelages rapides déchirent de noirs sillons; ce sont les mêmes meules, les mêmes taches verdâtres des jachères que la gelée n'a pas encore pâlies; les mêmes carrés brunis des pâturages, où le bétail s'éparpille; la fumée et le mouvement des batteuses, les fermes, petites ou importantes, en brique ou en bois ; les mares bordées de roseaux ; les bandes de corneilles ou de merles; une file de canards ou d'oies sauvages fendant l'air ou, plus rarement, une poule de prairie fuyant au passage du train. Tout cela déûle devant les yeux, quand on traverse l'ouest du Manitoba et la province voisine.
C'est ainsi que le train passe Griswold, Routledge, Virden, Moosemin : du dehors, toutes ces petites villes