‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 97 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ont le riiême aspect; d'ailleurs, la prairie, admirable au point de vue pratique, ne se prête guère à l'originalité et l'esthétique dans la construction des villes. Plus tard, quand elles s'accroissent et s'enrichissent, elles peuvent planter des arbres, semer du gazon et décorer leurs maisons ; mais, au début, on ne peut guère leur demander que des voies spacieuses, de la propreté et des couches de peinture, autant que possible. Si l'on cherchait alors à augmenter leur caractère artistique, ce serait peine perdue, car la rangée, déplorablement laide, mais indispensable, des bruns élévateurs se dressant vers le ciel, en détruirait l'effet. Dans toutes ces petites villes, le gouvernement possède des agences où le journalier en quête d'ouvrage, et l'acquéreur cherchant des terrains, se procurent tous les renseignements nécessaires sur le pays environnant. Toutes ont leurs églises des différentes sectes, et leur école, et le voyageur se rend compte de la densité de la population, sans cela peu apparente, du pays, lorsqu'il voit, dans chaque localité, ce grand bâtiment carré en brique autour duquel une centaine d'enfants proprement vêtus jouent dans la prairie.

Avant Moosemin, on sort du Manitoba pour pénétrer dans la région autrefois dite des Territoires, qui s'étend jusqu'aux Montagnes Rocheuses, et de la frontière américaine vers le pôle. Elle comprend maintenant les deux provinces de la Saskatchewan, qui a englobé l'ancien territoire de l'Assiniboia, et de l'Alberta. Leurs capitales respectives sont Régina et Edmonton, mais le centre le plus important, surtout au point de vue des chemins de fer, est Calgary. Plus au nord s'étendent les Territoires du Nord-Ouest (Mackenzie et Yukon), encore presque déserts.

A une soixantaine de kilomètres avant Régina, près

de Qu'appelle, on remarque une longue étendue de terrain couverte de petits bouquets de peupliers, de bouleaux, de résineux et de saules, semée d'étangs, et où l'on voit de petites fermes de culture mixte; mais, en règle générale, la partie est de l'Assiniboia, avec cette réserve que son sol est un peu plus léger et son régime de pluies un peu moins abondant, n'est que la continuation du Manitoba. Peut-être y voit-on un peu plus de petits groupes de bétail en général. Au nord du C. P. R-, vers la Rivière Qu'appelle, s'étendent des terres qui ont la prétention d'être d'une fertilité aussi inépuisable que les célèbres plaines de Portage. Entre Indian Head, où se trouve une des fermes expérimentales de l'Etat, et Régina, on traverse même les étendues les plus vastes de blé et les plus plates que l'on ait encore rencontrées. Elles font penser à cette vieille plaisanterie de l'Ouest, l'histoire du laboureur partant le matin en emportant son déjeuner, le mangeant au bout de son premier sillon, et revenant à la nuit à son point de départ.

La colonisation marche, du reste, à pas de géant dans l'ouest de l'Assiniboia; dans une région aussi grande et aussi peu peuplée, on peut se figurer qu'il y a de la place pour tout le monde; mais, avec un choix aussi étendu, la moindre circonstance peut faire dévier l'immigrant, et il est bon, au lieu de s'établir au hasard, de consulter tous ceux qui ont l'expérience du pays, bien que les colons déjà installés reconnaissent rarement leurs erreurs.

L'est de l'Assiniboia est une région qu'élisent généralement les colonies collectives. Des colonies importantes de Mennonites y fleurissent, comme dans le Manitoba, depuis vingt ou vingt-cinq ans, et y réussissent parfaitement. Ces gens sont d'une économie que

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