LE OANADA EN EUROPE
comfort, le contentement et un climat sain, Pendant qu'en Europe, il est admis que les Français sont moins grands, plus délicats et moins forts que les habitants des Iles Britannic 168,—en Canada, leurs descendants sont pour le moins leurs égaux en force et en activité. Comparés à leurs ancêtres, les Canadiens sont plus forts, plus agiles, et peuvent beaucoup mieux supporter la fatigue.”
Un journaliste anglais de retour du Canada, écrivait J'automne dernier dans un journal important d'Angleterre pour refuter un article de l’un de ses collègues où les Canadiens et le Canada étaient décrits d'après la méthode de fantaisiste dont nous nous plaignons : ‘Quant au climat, je puis vous dire que la plus mauvaise profession en Canada est la médecine, car les Canadiens ne sont jamais malades avant l'heure de leur mort. Leur pays est l'un des plus salubres qui existent. Le froid ne se fait pas sentir autant en Canada qu’en Angleterre, et quand le thermomètre descend à 30° au-dessous de zéro, on ne ressent pas là le froid dont nous souffrons ici, grâce à l'humidité de notre atmosphère.”
SOMMAIRE.—Los Anciens Canadiens.—Origine, mœurs, caractère, franche allure, langage; caractère physique, longévité, bonnes manières des Canadiens.
‘ Les premiers Canadiens, écrit M. Rameau, semblent être en quel. que façon, la population d’un canton français transplanté en Amérique ; le fond dominant fut toujours une importation de paysans français, paisibles, laborieux, régulièrement organisés sous leurs seigneurs, avec l’aide et l’encouragement du gouvernement”... sons Le3 Campagnos Canadiennes ont toute la rusticité de nos paysans, moins la brutalité de leur matérialisme, La simplicité des existences, la douce fraternité des familles, l'heureuse harmonie qui réunit toute la paroisse sous la direction paternelle et aimée de son curé, y rappeilent quelquefois ces rêves de l’âge d'or, qui d'ici ne nous semblent appartenir qu'aux fantaisies de l’imagination …
Il y a deux cents ans que les Canadiens passent pour le peuple le plus gai et le plus affable de toute l'Amérique, sans avoir eu besoin de faste ni d’apprêt dans leurs plaisirs.” |
Ecoutons encore Charlevoix : ‘“ On ne voit point en ce pays de personnes riches, et c’est bien dommage, car on y aime à se faire honneur de son bien, et personne presque ne s'amuse à thésauriser. On fait bonne chère, si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre ; sinon, on se retranche sur, la table, pour être bien vêtu,
Aussi faut-il avouer que les ajustements font bien à nos créoles, Tout est ici de belle tail’e, et le plus beau sang du monde dans les deux sexes ; l’esprit enjoué, les manières douces et polies sont com. muns à ! 18;-et la rusticité, soit dans le langage, soit dans Les façons, n’est pas même connue dans les campagnes {es plus écartées. Les Canadiens, c’est-à-dire les créoles du Canada, respirent en naissant un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque “1ême ici aucun accent.”
A peu près vers le même temps, Le Beau écrivait : ‘ Les: habitants du Canada sont bons, aftables et laborieux, etil n’y a presque jamais ni querelles ni disputes parmi eux. Comme le climat du says est froid, ils parviennent à une belle vieillesse. J'y ai vu quantité de bons vieillards, forts, droits et point caducs. Ils ont une facon d’agir si douce, si civile et si engageante, surtout envers les étrangers Franrais qui viennent de l’Europe, que ce n’est qu'avec regret qu'ils peuvent quitter leur conversation.”
Dans les villages que l’on rencontre sur le Saint-Laurent, entre Québec et Montréal, écrit .à son tour M. Pavie, les mœurs des anciens habitants se sont conservées dans leur pureté. Les Anglais et les Américains, en un mot, tous les gens oui ne connaissent ni la France, ni les matières si prévenantes de ses habitants, sont frappés de l'accueil ouvert et vraiment cordial que l’étra: £er reçoit dans les moindres hôtels...”
M. Maurice Sand ne nous traite pas moins bien, sans s’écarter un instant de la vérité : “ Les premiers colons canadiens furent des paysans, de petits gentilshommes et des soldats ; rien du ramassis de bandits et de banqueroutiers qui, dans le principe, s'était rué sur les Etats-Unis de l’est. Aussi sent-on chez les Canadiens un parfum d'honnèêteté native et ure grande douceur de mœurs. Ils sont hospitaliers, aiment la bonne chère, la danse et les femmes, qui sont généralement bien faites et de belle carnation. Ils rient et plaisantent parfois avec beaucoup de finesse. Leurs manières ont une aménité remarquable, et tu ne saurais croire comme J'ai été naïvement touché d'entendre le mare de Montréal, qui l’autre jour conduisait le prince dans sa voiture, dire à son cocuer : ‘“ Fais atteniicn, mon fils. Pas d’imprudence, mon ami” Ces façons paternelles, peu rares dans notre vie de campagne, frappaient ici mon oreiile comme un chant de la patrie lointaine, au sortir de cette démocratie des Etats-Unis où personne, il est vrai, n’obéit ni ne commande, mais où jamais un mot ni même un regard de sympathie n'est échangé entre employeur et l'employé.”
Ayrès avoir parlé des crigines si honorabies du peuple canadien, M. Annpère dit : “ L'habitant est en général religieux, probe, et ses manières n’ont rien de vulgaire et de grossier. Il ne parle point le patois que l’on pärle aujourd’hui Gans les villages de Normandie. Sous son habit de bure grise ?, il y a une sorte de noblesse rustique. Quelquefois, il est noble Je nom et de race et descend de quelque cadet de Normandie.” ” Le beau titre de “ peuple gentilhomme ” qui nous a été donné par M. Andrew Stuart et que les compatriotes de cet homme distingué ont maintenu, à notre honneur, vient plutôt des manières, : du langage et de l’éducation sociale des Canadiens-français que de l’origine noble de quelques familles de colons. Il suffit de lire Garneau ou Ferland pour se convaincre qu'avec des éléments choisis, comme le furent nos pères, le peuple qui est sorti d'eux n’a pu que s'attirer le respect et l'affection des étrangers. D'ailleurs, à travers les excentricités et les fausses notes qui pullulent dans leurs livres, les voyageurs sont tous d'accord sur ce point important. Nos mœurs les ont frappés agréablement. M. Pavie l'avoue : “ Ce ' qui ne pourra jamais disparaître du Canada, ce sont les mœurs PORT douces et aimantes de ses anciens habitants, ie caractère insouciant ; et heureux des laboureurs luttant contre les glaces et les fièvres (!) sur le bod du Saint-Laurent ; c’est surtout cette teinte française } universellement répandue dans les cabanes et les villages, cette hospitalité simple et amicale qui eontraste si fortement avec l'aspect 4 dur et sévère des troupes anglaises.” !