‹ Le Canada en Europe [microforme]Chapitre 3 sur 9 · VIT · texte numérisé non relu

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SoMMaIRE—La décivilisation.—Ce que nous sommes devenus.—Débat sur l’origine des espèces.—Blanc et noir s’accordant.—Ces hommes de science |— Formation des sous-races.—Sommes-nous dégénérés ?—Les peuples de l'Europe et les Canadiens-français comparés.—Notre portrait.—Voyage imaginaire en France.—Nous aurons beau protester et prouver !.…

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Abordons un autre genre d'erreur qui s’est propagée, et qui n’est certes pas la plus flatteuse de toutes les sornettes débitées à notre sujet.

l Bure grise, c'est-à-dire l'éloffe du pays que nos habitants fabriquent euxmêmes et qui est sipérieure par la durée et l'utilité à tous les p'aduits des ! fabriques européennes. Elle n'a, du reste, rien de l'apparence misérable des À étoffes dont se couvrent les paysans et les ouvriers d'Eurone. Il est regrettable k. que depuis quelques années un luxe mal entendu et souvent ridiculs, ait répandu

ans nos campagnes les tissus à bon marché que le progrés en ce siècle démocratique confectionne pour affubler le peuple d'un feux air de rentier ruiné... et : enrichir les propriétaires de machines. A4

L'abbé Brasseur de Bourbourg, raconte qu’un Américain d’un ranz élevé, résumant devant lui une conversation qui avait roulé sur l’altération non-seulement des traits physiques, maïs encore du caractère qui distingue les Yankees des Ang'ais, aurait dit : “ Par les traits et par ie caractère, nous sommes devenus des Hurons.”

Il faut être de la force de l'abbé Brasseur pour écrire que les | Américains ont emprunté ou les t:aits ou le caractère de; Hurons, qi ou de n'importe quelle tribu sauvage de ce continent. L'abbé | Brasseur est ce même annaliste phénoménal qui s’est mêlé

| d'écrire une husire du Canada. Il faut voir les notes dont M.

Ferland l’a flagellé ! Ça n'empêche pas que des hommes conscien- | cieux et très-bien posés dans le monde scientifique de France le

citent comme une autorité en matières américaines. Il est fort du goût de M. Pavie, qui lui aussi, dit-il, a visité le Canada etdonne aans les idées de l’école à laquelle semble appartenir l'abbé : “Un long séjour en Amérique a fait perdre au créole canadien Jss vives couleurs de sa carnation. Son teint a pris une nuance d’un gris foncé ; ses cheveux noirs tombent à plat sur ses cempes comme ceux de l’Indien. Nous ne reconnaissons plus en lui le type européen, encore moins la race gauloise.”

Ce texte de M. Pavie a été repris par M. de Quatrefage, un trèshonnête homme qui ne nous veut pas de mal, mais qui a le tort DA : de colporter comme cela dans les réunions de l’Institut les opinions « 4 d’un faiseur de descriptions fantaisistes.

! À l'heure qu'il est, nous servons de sujet aux études de deux écoles adverses : les monogénistes et les polygénistes.—ni plus ni moins. Voyons cela

Lcs monogénistes , u partisans de l’unité de l'espèce humaine.

Les polygénistes ov partisans de la pluralité d'origines des races humaines.

Ces derniers ont été forcés de reconnaître qu’en certains pays, les races transplantées ont subi des modifications : les Yankees comparés aux Anglais—les Canadiens-français comparés aux Français.

Les monogénistes donnent dans l'excès lorsqu'ils citent les Canadiens comme des exemples de modifications remarquables. Il y a à la vérité des changements fort sensibles à noter si l'on compare il le Canadien avec le Français, mais ces messieurs de la science sont al trop bons de pousser si loin la comparaison.

Knox, polygéniste enragé, s'empare à son tour de ce que lui fait (i voir à cet égard l’école rivale et, après avoir posé en principe que

\l chaque race d'hommes est un produit local, il soutient qu’elle ne 1 veut vivre en dehors de la terre et du climas qui l’ont vue naître, Il en conclut que les Canadiens ont subi des modifications.

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—Oui, lui répondent ses adversaires, mais c’est un signe de la création ou de la formation d’une nouvelle race d'hommes, ce qui prouve une fois de plus que nous avons raison et qu’il n'y a eu qu'un type original, lequel s’est modifié d'âge en âge, ici et là, de manière à nous présenter les différences parfois surprenantes qui existent entre les races dont le globe est peuplé aujourd’hui.

—T'a, ta, ta, répondent les polygénistes, ce qui s’ohserve chez les Canadiens ne peut être qu’un signe de dégénérescence et de mort. Cette race, transportée hors de chez elle, s'éteint, et la preuve en. est dans certains changernents que du reste vous reconnaissez tout comme nous.”

Voilà bien des preuves contraires ! Le plus risible, c’est que ces gens-là parlent et écrivent,—au nom de la Science s’il vous plait —comme s'ils savaient de quoi ils parlent. Je parierais 3ros qu'ils n’ont pas même rencontré une fois dans leur vie un homme ou une femme dont le cousin le plus éloigné a pu avoir des rapports accidentels avec quelqu'un qui aurait entendu parler du Canada. Ces savants sont bier: vus dans leurs pays ; on leur donne des prcfessorats, des pensions ; ils sontdécorés ; on les respecte à peu près autant que les diplomates et beaucoup plus que les prêtres. Le fin mot de la chose je le dirai sans gêne : ce sont des blazueurs, et les imbéciles qui les sustentent méritent la pature intellectueile qu'ils leur servent. $’il y a en France, en Angleterre, en Allemagne ou en Italie des hommes bêtes à manger du foin, je les trouve bien à leur place devant la chaire de ces savants à trompettes ;—quant aux gens de bons sens, ces platitudes qu’ils endurent sans les réfuter, ne leur font pas honneur.

Knox affirme, que les sous-races, c'est-à-dire les descendants de race saxonne et de race gauloise, qui ont peuplé les Etats-Unis et le Canada (les Yankees et les Canadiens-français) portent des marques de modifications du type primitif qui attestent que ces races ne peuvent se propager et subsister sur le nouveau continent.

Jusqu'ici les faits ne lui donnent guère raison pour ce qui regarde les canmdiens !

Je ne m'imposerai point la tâche oiseuse de prouver que les Canadiens-français sont beaucoup plus robustes, tout aussi agiles, et doués d’une intelligence qui n’en cède aucunement à leurs frères de France, —cela est superflu. .

Loin d'avoir dégénéré, le Canadien s’est refait une santé, une vigueur corporelle dont le Français n'offre que de rares exemples, qui font exception chez lui, tandis qu'ici c’est la règle générale. Loin d'avoir laissé décroître son intelligence, le créole Canadien,

abandonné il y a un siècle, dans une pénurie complète d'instruction, ÿ

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