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LE CANADA EN EURMPE

s’est mis à l’œuvre et il a atteint le niveau où se maintiennent les peuples les plus intelligents du globe. Notre histoire abonde en preuve de cette nature. N'avons nous pas été les p'onniers des idées politiques, non-seulement en Canada, mais dans toutes les colonies anglaises ? N'est-ce pas nous qui avons donné le branle dans les colonies à ce mouvement de l'administration des affaires publiques basée sur la responsabilité entière des représentants du peupie et des ministres ? Bien des pays d'Europe n'en sont pas encore là, quoiqu’ils fassent pour y parvenir. Ne sommes-nous pas encore aujourd’hui comme la clef de voute des coinbinaisons politiques dont l'Angleterre s'occupe pour ses vastes colonies ?

Qu'on nous cite une population de soixante-cinq mille âmes qui ait réussi à briser les chaînes dont l'avait chargé son vainqueur et qui, traversant une lutte politique de trois quarts de siècle de durée, ait pu consolider s n autonomie et prendre place à côté de races plus riches, plus nombreuses et mieux protégées qu’elle. Mettez soixante-cinq mille Communeux dans la position critique où nous nous sommes trouvés après le traité de 1763, et vous verrez ce qu'ils feront ! Dieu merci, nous étions faits, et nous som mes encore d’une autre étoffe,—cela explique nos succès durables.

Il y aurait bien des commentaires à écrire sur cette étrange accusation de dégénérescence. Prenons le paysan d'Europe, l'ancêtre de la fan'ille canadienne. Eh bien! il est resté re qu'il était il y a deux siècles, —ignorant, pauvre, jouissant de droits politiques très-restrein. ts, —en un mat, il n’est rien et il n’a jamais été quelque chose dans son proure pays. Est-ce là une description qui nous convient ? Evidemment non. La décadence n'est certes pas de notre côté, car tandis que la niveau s'élevait autour de lui dans

l’ordre du bien-être matériel, le paysan d'Europe restait station- :

naire,—et le reste de la population qui compose avec iui ce que l’on appelle ordinairement ‘‘ le peuple” loin de progresser, s’est au contraire imbu de passions mauvaises et de tendances qui font présager la déchéance de la famille européenne. A coup sûr, on peut affirmer que nous ne sommes pas aussi avancés que cela.

Mais comme notre manière de voir et de conduire la chose publique ne convient vas à la plupart de ceux.qui nous visitent, ces messieurs font des gorges-chaudes sur notre compte et disent bien haut que nous sommes arriérés, Nous acceptons volontiers le mot—seulement, il s'agirait de savoir quel sens on lui donne làbas et ici... toujours sans tomber dans le patois.

Nous avons vu ä2ns le fin fond de leur cabinet d'étude, une demie douzaine de savants de grande réputation, des savants qui

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sont décorés, payés, honorés, révérés et qui, en somme, sont aussi peu clairvoyants que les petits crevés de tout à l’herre,

Nous savons comment ils rrisonnent sous le linon vert de leur abat-jour, pour parvenir à prouver que nous sommes des Sauvages. Les uns disent blanc, les autres disent noir, au commencement, — ce qui ne les empêche pas de s’accorder en fin de compte. Ils s’accordent si bien que, après avoir lu leurs livres, on se dit avec un certain embarras dans l'esprit : ‘“ Serait-il possible que nous fussions dégénérés sans nous en apercevoir! Voilà des arguments irrésistibles—c’est un enchainement de raisons qui ne supportent pas l'ombre du doute. C'est serré, profond, pensé, médité, travaillé,

. savant, pour tout dire,—cela doit porter la conviction partout...

il est bien malheurzux que ce soit si bête et si fou !”

Nous avons vu des voyageurs, passant à travers Le Canada, par occasion, écrire à leurs amis d'Europe des ineffabilités, comme de prendre une piste de raquettes pour celle d’un animal aux proportions gigantesques, ou de parler des orignaux que l’on tue en abondance sur le Saint-Laurent entre Québec et Montreal.

Ce que nous avons de mieux à faire est de nous moquer des penseurs de l'Europe, qui ergottent sur notre transformation et sur la perte de notre rang de peuple civilisé, et qui vont jusqu’à nous décrire de cette manière :

‘“ Le Canadien-français a pris au contact des races sauvages et

par suite de sa longue séparation de l’Europe, les mœurs et les

habitudes d’un peuple en décadence. Insouciant, voyageur, et satisfait de son état actuel, il vit dans ses déserts de glace et partage son bonheur avec le trappeur indien, dont il a du reste une part de sang dans les veines. Sa démarche pesante, son teint basané, ses cheveux noirs tombant à plat sur les tempes, tout nous

‘indique le caractère de cette sous-race, dans laquelle on ne recon-

naîtrait point le type Européen, encore moins la race Gauloise dont elle est descendue !”?

Je me figure un Canadien de retour de France qui nous ferait part de ses impressions de voyage : Quel peuple stoïque et indifférent que ces Français, dirait-il. 1ls coulent des jours de repos, une existence tissée d’or et de soie. Jamais la moindre révolution ne vient multiplier les ruines, et dresser des échafauds. Tous ses hommes d'état sont doués d’un sens pratique hors ligne, ce qui fait que la France est le peuple le mieux gouverné du monde, et de plus, à l'abri des changements de régime gouvernemental qui viennent si souvent et comme à périodes fixes, désoler les Etats voisins. Les Français sont un peuple grave, raffolant de bière et

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