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DEUXIÈME PARTIE

Le Canada a donc, en 1867, acquis un statut, qui lui donne une très large autonomie dans le cadre de l’Empire britannique et qui lui permet d’opposer à la poussée américaine, une force importante et une nationalité déjà agissante Il est devenu un nouvel état sur le sol américain, et un état qui dispose, pour le souvenir, de toute la puissance de la Grande-Bretagne.

L'acte qui créait le dominion du Canada, créait en même temps l’Empire Britannique. Quels allaient être les rapports entre la mère patrie et sa fille émancipée ? Quelles allaient être les modalités de cette curatelle qui, les Anglais à cette pensée s’inquiétaient, n’avait pas de précédent dans l’histoire.

Quand nous étudions le statut politique du Canada en 1867, encore étroitement dépendant de l’Angleterre, et son statut actuel, qui en fait, sur l’échiquier international, une pièce indépendante, nous constatons une évolution très remarquable. Et nous savons qu’un faisceau de précédents permet de régler aujourd’hui presque toutes les difficultés soulevées par les rapports des nations britannique entre elles.

Nous faisons aisément le rapprochement et constatons cette fois encore, que c’est au Canada « le laboratoire de l'Empire » que se sont élevées la plupart des questions, dont la solution forme aujourd’hui précédent. C’est du Canada que partent les initiatives, qui auront le plus d'influence sur cette évolution.

L'’honorable N. W. Rowell dans son remarquable ouvrage : « The British Empire and the World Peace », nous fournit de ce rôle du Canada un raccourci, dont nous voulons citer l’essentiel (1). « L'idéal d'organisation impériale le plus répandu (en 1867) était le suivant : maintien au pouvoir d’un gouvernement central unique exerçant son autorité sur tout l’Empire, à propos des affaires impériales. Le mouvement de fédération impériale fut une expression de cet idéal, plus tard, le mouvement pour la formation d’un conseil impérial, compétent pour la défense et le affaires étrangères, en fut une autre.

« L'autre idéal était l'autonomie complète et le « self government » dans le Dominion, tout en maintenant l'unité essentielle pour les questions d’ordre impérial, par le moyen de consultations préalables et de coopération dans l’action. Cet idéal d'autonomie et de coopération, pas toujours clairement exprimé, mais néanmoins assidument poursuivi, a graduellement supplanté l’idéal centralisateur, et a maintenant trouvé son expression dans une organisation impériale fondée sur la conférence impériale. C’est pour cet idéal que presque tous les leaders politiques canadiens se sont prononcés, et leur opposition à une autorité centrale exerçant sa juridiction sur tout l'Empire, opposition dans laquelle ils furent finalement soutenus par l’Australie et l’Afrique du Sud, contribua à l’abandon de cette politique et au triomphe de la politique d'autonomie et de coopération ».

La première politique domina au Canada, grosso modo, de 1867 à 1904, sous le gouvernement conservateur de Sir John Macdonald. En 1904, elle était déjà bien affaiblie, et à partir de cette date, la seconde politique triompha, grâce au parti libéral et à son grand chef, qui égale presque Sir John, dans l’admiration des Canadiens, Sir Wilfrid Laurier. ‘ Plusieurs motifs, ont déterminé cette évolution : motifs d’origine canadienne, motifs d’origine anglaise, mais aussi motifs d’origine américaine. Le rôle des États-Unis dans l'évolution du Canada, et partant dans celle de l'Empire

(1) Rowezz, The British Empire and the World Peace p. 705.

Britannique, n’est pas terminé, et ne se terminera point tant que la doctrine de Monroe gardera sa valeur, C’est ce rôle que nous allons essayer d’expliquer maintenant.

Nous verrons le Canada s’apercevoir peu à peu que l’acte de 1867 ne lui a pas donné le prestige nécessaire, pour faire comprendre à l'Amérique sa volonté d'échapper à sa prétendue « destinée manifeste ». Il se retrouvera dans la situation ambiguë de l’époque précédente, et devra lutter à nouveau, pour s'élever à la position d’état souverain, maître de ses destinées, sans perdre toutefois l’appui de la force anglaise.

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