CHAPITRE TITI
«Ce premier coup de canon, tiré à Fort Sumter, le 11 avril 1861, fut le signal d’une nouvelle époque pour l'Amérique du Nord, et il dit au peuple du Canada, plus clairement que ne pouvait le faire un discours humain, de ne plus s’endormir sans garder ses armes à portée de la main ».
Ainsi parla, au plus fort des discussions parlementaires, sur la question de la fédération, un illustre polémiste canadien, Thomas d’Arcy Mc Gee que l’on a surnommé le Mazzini du nationalisme canadien.
Cette phrase illustre remarquablement la thèse que nous allons essayé d'exposer. Il est impossible de prétendre que la crise grave provoquée sur le continent américain par la guerre de Sécession, ne fut pas la cause déterminante de union des provinces canadiennes.
Le Canada hésitait encore en 1860, nous l’avons vu au chapitre précédent, les rivalités entre provinces, entre factions n’étaient pas épuisées, bien au contraire, quoique l’idée de fédération eût fait beaucoup de progrès. Quand la guerre entre l'Angleterre et l'Amérique, à la suite de plusieurs incidents sérieux, devint menaçante, les Canadiens comprirent qu'ils devaient s’unir pour se défendre, leur pays devant forcément servir de champ de bataille aux belligérants. Et quand, à la fin de la guerre civile, ils virent que l'Amérique s’apprêtait à tourner contre eux la formidable force militaire qui s'était développée chez elle au cours des hostilités, ils se lancerènt délibérément dans
la voie qu’ils ont suivie depuis et qui les conduira peu à peu à atteindre la situation qu’ils occupent actuellement, la voie de la fédération sous la protection de la Grande-
Bretagne.