‹ Le Canada et les Zouaves PontificauxChapitre 51 sur 68 · LA PRESSE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

LA PRESSE AMÉRICAINE

Les journaux de New- York n'ont pas manqué de signaler un événement aussi remarquable que le passage, dans leur ville, de cent trente cinq jeunes gens en route pour l'armée pontificale. Ce fait a été diversement apprécié par eux, suivant qu'ils sont catholiques ou protestants ; mais hâtons-nous d'ajouter que leur ton, à tous, a été bienveillant. Quelques-uns, cependant, laissèrent percer un sentiment d'étonnement à la vue d'une si grande manifestation de foi et de dévouement religieux, de la part d'un pays si petit, si pauvre, comparé aux Etats-Unis. Nous avons cru que nos lecteurs aimeraient avoir ces différents articles et à les conserver; c'est dans cette pensée que nous-les reproduisons ici, en commençant par le Courrier des Etats-Unis: (1)

Aujourd'hui s'embarquent sur le vapeur Saint- Laurent les cent <;inquante Zouaves recrutés dans le Canada-Français pour l'armée pontilicale. Nous souhaitons une heureuse traversée aux jeunes gens vaillants et dévoués qui se consacrent à la défense du trône chancelant du Saint-Père. On peut ne point partager hur foi, mais il est impossible de ne pas rendre hommage à la sincérité de convictions qui se traduisent par de tels actes. Nous ne faisons pas profession, comme on le sait, d'être partisans du pouvoir temporel, mais nous savons honorer le vrai courage et les nobles sacrilices partout où nous les rencontrons.

Il se trouvera, et il s'est déjà trouvé des railleurs des Zouaves

(1) 22 février 1868.

Canadiens. On a même prononcé le nom de mercenaires. Ce sont de singuliers mercenaires que ces Zouaves qui s'équipent à leurs frais, et qui ne coûteront rien à Pie IX, pendant les deux ans qu'ils resteront à Rome. Il faut croire que les mots de la langue anglaise ont bien changé de valeur, si les mercenaires, au lieu d'être ceux qui reçoivent de l'argent, sont au contraire ceux qui en donnent. Non, ce lie sont pas des aventuriers, ceux qui se sont enrôles au Canada : on compte parmi eux des médecins, des avocats, et, en un mot, les membres des familles les plus considérées. Leur abnégation est d'autant plus grande que tous ont quelque chose à perdre : le dévouement étonne moins dans les rangs de révolutionnaires qui, en général, n'ont rien à perdre, mais ont tout à gagner

Les Zouaves Canadiens ne pensent pas assurément comme nous, et outre la foi, ils ont le bonheur d'avoir l'espérance : ce serait un crime que de cherchera les leur ôter. La foi qui les inspire fait leur consolation comme leur force. Quant à leur bravoure, la foi fut-elle absente, le sang français qui coule dans leurs veines nous est une ample garantie. Les lils de ceux qui ont combattu avec Montcalm et que l'ancienne monarchie a lâchement abandonnés, n'ont pas dégénéré de leurs ancêtres.

Aujourd'hui, avant leur départ, les Zouaves Canadiens entendront la messe à l'Eglise de St. Pierre, Barclay slreet, à sept heures et demie du matin. L'Archevêque McClosky sera présent et leur donnera la bénédiction.

C'est par erreur que plusieurs de nos confrères américains ont aunoncé que le jeune Iturbide, qui se trouve en ce moment à New- York avec sa mère, se disposait à se joindre aux Zouaves Canadiens. Le jeune homme en question n'est pas en âge de faire un soldat, car il a dix ans à peine. C'est son cousin, le prince Iturbide, que Maximilien avait adopté, petitlils de l'avant-dernier empereur du Mexique, qui s'est engagé comme simple dragon pontifical et qui se trouve actuellement à Rome.

La Tribune du 22 février s'e.xprime en ces termes : (l)

C'est à l'appel de Rome que ces jeunes Canadiens ont bien

voulu partir pour aller offrir leurs services au Saint-Père. Le corps se compose de cent trente-six hommes, choisis parmi un bien plus grand nombre ijui s'étaient offerts. Plusieurs d'entr'eux ont laissé les bancs du collège pour partir, tandis que d'autres ont abandonné des professions lucratives. Ce sont tous des jeunes gens de bonne famille, pour la plupart des cantons ruraux du Bas-Canada, et à l'exception de deux, ils sont tous d'origine française. Cinquante d'entr'eux sont des gradués des écoles militaires, et un plus grand nombre ont porté les armes pendant la dernière excursion des fénians. Il no sont encore que soldats d'intention et ne portent l'habit militaire que pour indiquer leur but.

Nous lisons ce qui suit dans le New York World du 22 :

(1) La traduction de cet article et des autres extraits de la presse ainôrlcalac est emiTunt^e au Nouveau Momie.

Le corps des Zouaves Pontificaux Canadiens, au nombre de cent trente-six, est arrivé en celte ville jeudi soir en route pour l'Italie, oCf ils vont offrir leurs services au Pape. Ils sont prôts à servir dans^ n'importe quel corps où l'on voudra les placer, quoiqu'ils s'attendent à être places dans les Zouaves. Ils se sont embarqués presqu'aussitôt sur le Saint- Laurent, et devront partir à 1 1.30 h. p. m., pour le Havre. Du Havre ils se dirigeront sur Marseille par Paris, et de là à Civitta Vecchia. Ils sont tous munis de passeports, comme sujets anglais.

Le corps présente une belle apparence et se compose d'hommes choisis, tant au moral qu'au physique. Chacun d'eux a dû subir une inspection médicale scrupuleuse et fournir un certificat de bonne conduite. Plusieurs d'enlr'eux î^ont des jeunes gens favorisés de la fortune, et les trois-quarts au moins ont reçu une éducation classique. Tous sont célibataires. Ils n'ont encore aucune organisation militaire et sont sous la conduite paternelle de leurs aumôniers, les Révérends MM. Moreau et Lussier. Leur caractère de gentilhomme et l'esprit de corps qui les anime sont des garanties suffisantes de leur bonne tenue jusqu'en Italie.

Comme ils n'ont pas encore été acceptés comme Zouaves ils ne portent pas l'uniforme'de ce corps, mais un simple uniforme temporaire très-joli. Cet uniforme consiste en une tunique à plis, avec parements bleus, pantalons retenus au-dessus du genou, juste au corps, le tout en drap gris du Canada, feutre rond à l'espagnol, guêtres blanches et souliers bas.

Par prudence et par délicatesse, ils se sont abstenus ici de toutedémonstration qui eût put choquer une portion du peuple. Ils suivront la même ligne de conduite tout le long de leur passage à travers la France surtout, vu l'état critique des relations de ce pays avec l'Italie.

Voici maintenant comment le New-York Herald rend compte du séjour de nos Zouaves dans la grande Cité :

Une partie de l'organisation qui s'est formée depuis quelques mois en Canada, sous les auspices du clergé catholique et de laïques riches et influents, est arrivée ici jeudi soir de Montréal par le train de New- Haven. Ce corps d'à peu près cent cinquante hommes était accompagné dé MM. Leblanc et J. Royal, que l'on avait envoyés pour voir aux besoins des hommes durant le voyage. Ils furent reçus au débarcadère par l'Evéque Pinsonnault, qui avait fait un voyage exprès d'Albany ; le Père Loysance était aussi présent avec d'autres prêtres, attachés au Collège St. François-Xavier.

L'hospitalité leur fut offerte au Collège durant leur court séjour dans celle ville, ce qui fut accepté avec reconnaissance. Les volontaires défilèrent quatre de front à la seizième avenue, où, ayant pris le souper, ils furent installés pour la nuit dans une grande salle de l'institution. Le lendemain matin ils assistèrent à la messe qui fut célébrée dans la chapelle du collège par l'Evéque Pinsonnault ; il leur adressa une courte et éloquente allocution en français. Il les félicita sur ce qu'ils étaient choisis pour être les instruments de Dieu, chose qu'ils devraient apprécier comme un grand privilège, pour défendre le Saint-Siège des incursions et des déprédations de ces gens barbares et sans conscience qui ne manqueront pas bientôt de renouveler leurs tentatives sur le territoire du Souverain Pontife. Nul doute qu'il*

seront reçus convenablement dans la Ville Eternelle, par le Pape, dont on connaît l'aménité, ainsi que par les membres de son gouvernement.

Il les pria de ne se laisser aller à aucun excès; d'être sobres, honnêtes et sincères ; de maintenir la plus sévère discipline, et par-dessus tout, de ne jamais oublier Celui qui mourut pour leur salut et qui, pendant leur expatriation temporaire, les préservera des blessures morales et physiques. Enûn il adressa une briève exhortation aux -collégiens réunis, les priant de se rappeler de leurs frères qui partent, dans leurs prières journalières.

Les Zouaves se dirigèrent alors, le sac au dos, à la salle du Collège et se préparèrent au départ. L'appel fut fait, chacun répondit à son nom et au milieu des félicitations et des bons souhaits des prêtres assemblés, ils laissèrent le Collège pour l'embarcadère au quai No. 50 où le Saint-Laurent aiiendei'ii, et dans lequel ils vont faire voile pour le flâvre, après avoir assisté au service divin et reçu de nouveaux encouragements de la bouche de l'Archevêque.

Quoique l'engagement, signé à Rome, soit de deux ans, néanmoins quand le pays requerra leur service pour défendre leur sol, ou prendre part à l'organisation de la milice, ils seront libres de retourner. Quant à la discipline et au physique, l'apparence des Zouaves est admirable. Dès leurs premières évolutions on s aperçoit qu'ils sont familiers avec la manœuvre ; on dit qu'un certain nombre d'entr'eux ont reçu des diplômes à l'école militaire de Montréal, où l'on a adopté, à quelque chose près, un système tel que celui de notre West Point où de l'école Polytechnique de Paris.

On nous assure que les recrues ne recevront aucune solde, que l'organisation se soutiendra par elle-même et qu'elle n'entraînera aucune dépense au gouvernement papal. La plupart de ces Zouaves sont dans de bonnes positions ou ont des parents riches ; mais seraientils empêchés par leur pauvreté ou autrement de fournir les fonds nécessaires pour se supporter pendant leur service, les gens de leur paroisses respectives leur avanceront ce dont ils auront besoin. Leur uniforme sera changé en arrivant à Rome.

Avant leur départ de Montréal un superbe et précieux étendard fut présenté à ce corps par les Sœurs-Grises, de cette ville. Il est de la grandeur ordinaire d'un drapeau de régiment et est composé de forte soie blanche. D'un côté sont les armes du Canada, un Castor, entouré de feuilles d'érables, portant l'inscription : « Aime Dieu et va ton chemin» et sur le revers sont les armes du Pape, une tiare et les clefs, en or, et orné de vingt-deux joyaux précieux, comprenant des diamants, des rubis et des émeraudes d'une grande valeur. En arrivant à Rome les recrues seront complètement armées et équipées.

Le Neiv York Tablet du 29 février a publié sur le même sujet l'article suivant :

Un matin de doux et longs souvenirs est celui que nous avons passé samedi dernier à l'Eglise Saint-i'ierre de la rue Barclay. Et comme une heureuse coïncidence, c'était la fêlo de la Chaire de Saint-Pierre

à Antioche, et lo Saint Sacrilice était ofTert pour les braves jeunes canadiens qui s'en vont joindre l'armée papale.

Lié, comme nous le sommes au Canada catholique, par des liens nombreux et chers, et gardant encore le profond souvenir des jours que nous avons passés au milieu du peuple hospitalier, courtois et vraiment civilisé de cette province, c'est avec de grands sentiments de fierté et de joie que nous sommes entré à St. Pierre, et que nous avons vu la moitié des bancs occupés par les jeunes Zouaves pontificaux, dans leur complet uniforme. Le reste de l'église était rempli par des centaines de nos catholiques venus pour jeter un coup d'œil sur les volontaires canadiens de l'armée pontificale. L'autel était radieux, toute l'église solennelle et imposante, remplie tout autour d'une foule croyante ; mais rien n'était grand, rien ne faisait impression comme les braves soldats chrétiens qui ont laissé famille, amis et patrie pour aller défendre bien loin la cause de la vérité, du droit et de la justice, la cause de la religion contre l'impiété et de la civisation contre la barbarie.

Avant la messe, l'Archevêque a fait aux Zouaves un éloquent discours, et il a donné sa bénédiction. Puis les Zouaves ont chanté VAve Maris Stella, avec cette mélodie solennelle qui pénétre le cœur. La messe a été chantée par le Rév. Père Quinn, le pasteur de cette église, et deux Zouaves eux-mêmes sont allés la servir.

Apres la messe, il y eut bénédiction du Saint Sacrement : il était bien édifiant de voir inclinées les têtes de ces braves jeunes hommes rendant hommage à la présence divine dans ce sacrement de vie et d'amour. Ensuite, le Rév. M. Quinn adressa quelques mots aux jeunes soldats chrétiens, ei leur rappela que l'ère de la chevalerie n'est pas encore entièrement passée. Il espéra aussi qu'à leur retour du service, il pourra chanter dans la même église et en leur présence un TeDeum en leur honneur, pour remercier Dieu de leur gloire acquise dans la défense de la plus sainte des causes. Alors les Zouaves chantèrent ensemble une autre hymne accompagnée du chœur de l'orgre. L'effet n'en peut être décrit, et nous sommes sur qu'aucun catholique, témoin de cetlH scène, ne pourra l'oublier. La musique a été digne de cette grande occasion.

En laissant l'église, les Zouaves se rendirent au quai du Si. Laurent, à l'extrémité de Marton Street, sur le North River. Une foule immense s'y était déjà assemblée pour être témoin du départ et leur dire le God Speed. Au moment du départ, M. C. A. Leblanc adressa la parole en français aux Zouaves, et fut suivi par Mgr. Pinsonnault, qui s'était rendu d'Albany pour voir partir les braves enfants de son pays natal. Lorsque l'évèque eût fini de parler, tous les Zouaves s'agenouillèrent pour recevoir une dernière bénédiction. Ils présentèrent ensuite une adresse à M. Leblanc pour le remercier, avec tous les membres du Comité, de tous leurs bons offices, et le charger de rapporter à leur «cher et beau Canada» l'assurance qu'ils n'oublieront jamais ni la patrie ni les amis. Des hourrahs sont criés en l'honneur du Rév. Père Quinn de St. Pierre, pour le Comité, pour M. Leblanc, et le noble steamer prit enfin le courant au milieu d'un concert de Good bije, God speed you et de «bon voyage» répétés par la foule émue. Les Zouaves se tinrent sur le pont jusqu'à ce qu'enfin on les perdit de vue. Nous sommes sûrs que tous les lecteurs du Tablet enverront une prière au Seigneur et à Marie, l'Etoile de la Mer, pour qu'ils arrivent au but de leur voyage sains et saufs. Oui, puissent-ils arriver gais et heureux à

la Cité Eternelle où les conduisent leur foi et leur dévouement, abandonnant la patrie et leurs familles qu'ils ne reverront peut-être jamais.

Les Zouaves, au nombre de 137, étaient accompagnés par MM. C. A. Leblanc et J. Royal (le rédacteur-en-chef du Nouveau Monde), envoyés par le Comité pour veiller à l'embarquement. M. Leblanc, qui est un des membres les plus distingués du barreau de Montréal, a un fils et un neveu parmi les Zouaves. Les Révérends MM. Moreau et Lussier accompagnaient aussi le corps, le premier comme aumônier et le second assistant-aumônier. M. Taillefer a le commandement.

Les Zouaves sont tous du Bas-Canada et Canadiens-Français. Les quatre diocèses de Montréal, Québec, Trois-Rivières et St. Hyacinthe partagent l'honneur d'avoir envoyé ces nobles volontaires ; des quatre, celui de Montréal peut se vanter d'en avoir donné le plus grand nombre

Ils ne vont pas à Rome attirés par l'appât du gain, mais pour offrir généreusement leurs services au Chef de l'Eglise dans la tribulation et le besoin ; pour grossir les rangs de cette petite, mais vaillante armée, qui s'est recrutée dans toutes les parties de la catholicité pour venir former un rempart vivant autour du Vénérable Pontife. Qui osera dire que les temps de foi sont passés ? Ils dureront tant que l'Eglise elle-même subsistera.

Cet esprit qui anima les soldats de la croix durant les croisades du moyen-âge; cet esprit qui conduisit les chevaliers de St. Jean à des exploits qui vivront à jamais dans les fastes de la chevalerie chrétienne ; cet esprit est le même qui supporta les zouaves d'Albano dans le sacrifice de leurs personnes ; «jui soutint le bras des soldats du Pape à Montana, et a soufflé cet esprit, cette généreuse émulation parmi la jeunesse catholique du Canada, de la France, de la Belgique, de l'Espagne et de l'Irlande.

Fidèles à leur haute mission comme soldats spirituels de la croix, les Pères Jésuites se sont hàlés d'aller au-devant des Zouaves pour leur souhaiter la bienvenue et leur offrir une généreuse hospitalité. Les Zouaves ne pouvaient refuser et ils acceptèrent avec reconnaissance. C'est au Collège de St. François-Xavier que ces braves jeunes gens passèrent cette seule nuit dans New-York. Ce ne sera pas l'un des souvenirs les moins glorieux dans les annales du Collège.

A la même date, le New-York Freeman's Journal publiait l'article suivant :

New-York vient d'être favorisé d'un événement qui a produit une profonde sensation et a réveillé au fond plus du sentiments qu'il n'en apparaît à la surface. Nous avons parlé, il y a ([uolques mois, do la form^ition, au Canada, d'un bataillon pour la défense du St. Père. Eh! bien, le premier détachement est déjà sur l'Océan. A cette saison de l'année, le port de New-York est le point de départ le plus favorable. Environ l iO Canadiens, la plupart d'origine française, laissaient ce port samedi dernitr, à bord du steamer français le St. Laurent.

Mardi de la semaine dernière, 20,000 personnes assistaient à la consécralion do ces nouveaux croisés do ns l'église de Notre-Dame de Montréal. La plupart d'entre eux avaient suivi les exercices d'une retraite dans

l'église des Jésuites de cet endroit. D'autres étaient venus plus tard. Tous étaient animés du même noble esprit L'église de Notre-Dame, à raison de sa vaste enceinte, avait été choisie pour la bénédiction du drapeau. L'immense édifice était littéralement rempli et même ua grand nombre de personnes ne purent y pénétrer

A la demande de l'Evéque de Montréal, ces soldats du Pape répondirent qu'ils étaient résolus de mener une vie édiliante comme soldats, et de donner leur vie, s'il était nécessaire, pour la défense du St. Siège

et pour l'indépendance de la religion catholique Ils laissaient

Montréal au son de toutes les cloches de la ville.

Ils portaient avec eux une belle bannière ayant d'un côté les armes du Pape, de lautre cette devise: Aime Dieu el va ton chemin.

Ces braves jeunes gens atteignirent New-York jeudi soir. C'aurait été un réjouissant spectacle pour les militaires que de les voir. Ils étaient 140 vigoureu.x jeunes gens non mariés, pleins de vie et de gaieté. Ils n'étaient pas encore enrôlés soldats. Ils n'étaient point mercenaires. Une grande partie d'entre eux, appartenant à de riches familles, payant leur propre voyage, n'étaient sujets, pour le moment, à aucune discipline militaire, si ce n'est qu'en autant qu'ils le voulaient.

Vont-ils profiter de leur séjour à New-York pour aller voir le Black Crook, ou le While Faivn, ou autres semblables outrages à la morale publique qui s'étalent tous les soirs à la honte de l'humanité?

Non, mille fois non 1 ces infamies, auxquelles aucun catholique ne peut assister sans un grave scandale, et il est déplorable que quelques catholiques insensés y aient assisté sans savoir qu'il est impossible d'échapper à une grave censure pour l'avoir fait, n'ont exercé aucune attraction sur cette chevaleresque jeunesse du Canada.

Les bons Pères Jésuites du Collège St. François-Xavier leur ofTrireut l'hospitalité. Jeudi soir, ces 140 soldais de la Croix étaient bivouaques et soupaient dans la grande salle de ce Collège. Ils y déjeunèrent le lendemain malin, et, après quelques manœuvres parfaitement exécutées, ils se dirigèrent vers le vaisseau français qui devaient leur faire traverser l'océan. Ils passèrent tous la nuit sur le navire. Le lendemain matin, ils allèrent en corps à l'église St. Pierre, rue Barclay, pour y entendre la messe. L'évêque s'y était rendu pour les féliciter. Il exprima sa joie de rencontrer un corps d'hommes aussi entièrement dévoués. L'évêque n'a pas dit que nos Etats montraient la même vivacité de foi qui, dans la nécessité présente du St. Père, n'ont ni été comme le brave CarroU Tavis, à leurs propres frais, défondre la liberté de la Religion, ni secourir, selon leurs moyens, ceux qui défendent le St. Père et l'Eglise catholique. Après la messe, M. Quinn, curé de l'église St. Pierre, leur adressa des paroles d'admiration et d'all'ection sincère.

Et ainsi, ces vaillants jeunes gens s'embarquèrent et firent voile, samedi dernier, sur le vaisseau français le Si. Laurent. Ils avaient choisi pour leur capitaine, comme font les gentilshommes, à cause de son éminente capacité, M. Taillefer. C'est la manière française de l'épeler, comme Talivor est l'ancienne manière de prononcer Taglio ferro. M. Taillefer est un homme qui, n'importe oîi, et avec n'importe quel habit, serait reconnu comme un véritable et habile soldat ; sa ligure étant presque la seule qui portât des rides dans tout le détachement. Il en imposait. La plupart des gens qui composent ce corps sont Canadiens-Français, mais il y a comme de raison plusieurs Irlan-

dais parmi eux. L'un d'eux est le frère du Canadien Miirray, qui s'est déjà distingué parmi les Zouaves pontificaux, à Mentana. Un autre est un O'Meara, et un autre, un converti encore, est le jeune, le beau et le grand porte-drapeau, du nom de Hughes.

Ces soldats canadiens du Pape sont venus, sont partis, et ont laissé derrière eux des souvenirs extrément agréables.

Il y a quelque chose de vraiment chevaleresque dans toute l'afTaire, telle que conduite par nos frères du Canada. Il y a en môme temps quelque chose de très-humiliant pour les associations catholiques de New-York. Les soldais de la Croix ont passé à travers cette ville comme à travers une place où la religion catholique est en danger d"ètre insultée du moment qu'elle se manifeste en public. Il n'est pas ainsi. New-York est une ville catholique. Nous suggérons à quelques sociétés catholiques de cette ville et à plusieurs d'elles de s'adresser à nous à ce sujet. Dans quelques semaines, il y aura un autre détachement de Zouaves Canadiens qui passera par ici, comme étant le port le plus favorable pour aller défendre notre religion. Iront-ils à travers New-York, comme a fait le premier détachement, comme si la ville était habitée par des Turcs et non par des chrétiens? Nous faisons la question aux hommes de sociélé. Nous ne sommes pas des leurs. Nous n'allons pas aux théâtres, ni aux opéras, ni aux diners. Nous n'en avons pas le temps. Mais il y a assez de sociétés catholiques à New-Y'ork qui désireront exprimer leurs fraternelles félicilations au prochain détachement de volontaires du Canada pour la défense du St. Père et de la liberté de notre sainte foi sur la terre.

Nous faisons ces suggestions aux sociétés de New-York afin que les âmes brûlantes des jeunes messieurs du Canada ne passent pas de nouveau à travers New-York en allant combattre pour Notre Saint- Père le Pape, avec l'idée qu'ils passent à travers une vUle païenne où la religion est simplement tolérée.

Dans un article subséquent, où le sarcasme innocent perce à chaque ligne, le même journal semble prendre à tâche de piquer l'émulation des catholiques de la cité impériale :

Pendant le bivouac des Zouaves Canadiens au Collège Saint François-Xavier, un ancien élève de cette institution avait trouvé moyen, comme familier de la maison, de se mettre en relation avec cette chevaleresque jeunesse. Aussitôt il lui saute à la tôle qu'il a, lui aussi, aussi bien que n'importe qui d'entre eux, le droit do partir et d'aller croiser l'épée pour la défense du Souverain Pontife. Il en parle au bon Père Thiry, attaché à l'église du Collège et son directeur spirituel.

— Certainement, répond celui-ci, qui prend d'abord la chose pour une plaisanterie, c'est impossible; mais n'importe, allez toujours.

Cependant la proposition était autre que ne l'avait pensé le Père Thiry ; le jeune homme était sérieux, déterminé. En vain, le bon Père lui exagéra tous les obstacles et toutes les difQcultés, il répond à tout.

— 11 vous faut payer votre voyage.

— C'est bien ainsi que je l'entends.

— Il vous faut tant d'or, ou une traite sur les banques étrangères. C'était le samedi matin, et toutes banques étaient fermées en l'hon-

neur de noire rebelle de l'Amérique, George Washington. Malgré tout, notre jeune homme trouve le moyen de se pourvoir, et môme audelà du nécessaire. C'est à ses propres frais, et indépendant sous le rapport de l'entretien, qu'il va se présenter à Rome comme défenseur du Saint-Pcre. Nous avons eu le plaisir de lui serrer la main et d'échanger avec lui notre carte. Nous avons aussi eu le bonheur de voir la mère qui a produit ce noble caractère. Elle était toute souriante on présence de ce fils que sa foi de catholique la porte à offrir au Seigneur. Et cependant, nous comprenons toute l'étendue du sacrifice de cette bonne et vénérée mère. C'est dans le ciel qu'elle recevra sa récompense.

Le nom de ce jeune homme qui sacrifie tous ses autres jeunes rêves de gloire dans le but d'aller défendre le Saint-Père, est Charles Jerche. Né sur les bords du Rhin, c'est à New-York qu'il a été élevé. Nous le réclamons comme le premier zouave pontifical de New-York. Nous, citoyens de New-York, au nombre de six cent mille catholiques, avec notre archevêque et nos vieilles paroisses, et tout, nous nous sentons fiers, très-fiers. Nous avons envoyé au Pape xin soldat de la ville de New-York ! Nous l'envoyons, bien entendu, même dans l'hypothèse où, comme c'est le cas ici, il va à ses propres frais, se sacrifier pour le Pape et pour la liberté de l'Eglise catholique. La gloire de ce dévouement rejaillit sur nous.

Pour être juste, il faut rappeler ici un mot du discours de Monseigneur McClosky cité plus haut, et dans lequel, parlant de l'exemple magnifique donné au.x catholiques des Etats-Unis par les Zouaves Canadiens, Sa Grâce disait entr'autres choses :

Cette grande ville et tout le pays renferment une foule de catholiques qui seraient prêts à se dévouer aussi. Si nous n'avons encore rien fait, c'est que nous croyions que le Saint-Père ne demandait pas tant des hommes que de l'argent pour soutenir ceux qu'il a déjà. Cependant, qu'un mot parte de Rome, et on veira nos catholiques se lever en masse.

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